05 octobre 2007

Dessin politique N°183 - Les valeurs de Sarkozy ne sont pas celles du Modem

Bayrou pétition contre les tests ADN

20 juin 2007

Article-dossier : l'adoption par des homosexuels.

Etant favorables à l'adoption d'enfants par des couples ou des célibataires homosexuels, nous avons décidé de publier sur GroZbulles le texte qui résume le mieux les motifs de cette position en faveur de l'homoparentalité. Nous espérons pouvoir contribuer ainsi, dans la modeste mesure de nos moyens, à l'avancée de ce combat contre une discrimination injustifiable.

Le texte en question est la pétition publiée par Le Monde le 1er mai 2004, signée entre autres par des personnalités telles que Michel Rocard ou Claude Evin. Nous ajoutons par ailleurs les déclarations faites à l'époque par plusieurs signataires en accompagnement de sa publication dans Le Monde.

 

1. Texte de la pétition du 1er mai 2001.

 

"NOUS, signataires de ce texte, pensons que la décision du 21 décembre 2000 de la cour administrative d'appel de Nancy donnant raison au conseil général du Jura qui avait refusé à Mlle B. son agrément, au seul motif de son homosexualité, est une discrimination.

Nous pensons que personne n'a de droit à l'enfant. Nous pensons que la société a le devoir de donner une famille à tout enfant qui en est privé. L'aptitude d'une personne à adopter un enfant doit s'apprécier individuellement et non en fonction de préjugés qui, même partagés par un grand nombre, n'en tirent pas pour autant une quelconque validité.

Nous demandons que les investigations permettant de décider si une personne est susceptible d'offrir des qualités d'accueil satisfaisantes du point de vue familial, éducatif et psychologique pour adopter un enfant soient menées conformément à l'esprit de la loi, c'est-à-dire : sans position de principe excluant à l'avance une catégorie de citoyens ; au cas par cas, cherchant à apprécier les compétences parentales ; en motivant les refus.

Dans la mesure où la loi permet à une personne seule d'adopter, l'absence de référent paternel ou maternel ne saurait être un défaut rédhibitoire ni un motif de refus.

Nous pensons qu'il n'appartient pas aux travailleurs sociaux ni aux tribunaux de renforcer les préjugés homophobes encore présents dans notre société."

 

2. Déclarations de signataires de la pétition.


  • Danièle Hervieu-Léger, sociologue, directrice d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) :

"Sur le strict plan du droit, la décision prise par la cour d'appel de Nancy a un caractère absolument discriminatoire. C'est une prime à la dissimulation, à l'hypocrisie. Par ailleurs, je pense qu'il est extrêmement important d'engager le débat sur l'adoption par les homosexuels autrement que par l'invective, l'anathème, la condamnation. Car c'est un débat très important qui va se développer de façon considérable dans les années qui viennent."

  • Françoise Héritier, anthropologue, professeur au Collège de France :

"A partir du moment où la loi sur le pacs, innovation considérable, permet l'existence d'unions homosexuelles comme substituts aux unions hétérosexuelles, le pas de plus à franchir pour l'adoption est devenu du domaine du pensable. Puisque l'on sait, grâce à de nombreuses études, qu'elle n'implique pas pour l'enfant des traumatismes ou des troubles de la personnalité, il n'y a pas de raison de considérer qu'on doive refuser à une personne l'accès à la parentalité en raison de l'orientation sexuelle. Comme pour le pacs, il y aura une progression dans l'opinion publique de la validité de cette revendication, ce qui n'est pas encore le cas. Quand les choses sont possibles et qu'elles commencent à être pensables, elles finissent un jour ou l'autre par être réalisables."

  • Alain Touraine, sociologue :

"La famille identifiée aux liens de sang et dite "normale" est une chose qui, aujourd'hui, au plan pratique et donc intellectuel, ne correspond plus à la réalité. Ce n'est plus, de loin, la seule forme de famille. Si l'on admet qu'il existe des familles d'adoption, pourquoi discriminerait-on les homosexuels ? Je suis pour la séparation de la famille et de la vie sexuelle. Je suis pour l'adoption par les homosexuels et l'accès à la procréation médicalement assistée (PMA) - mes seules réserves concernant les mères porteuses. La psychanalyse nous a appris qu'un enfant a besoin d'un principe de fusion et d'un principe de distanciation, de féminin et de masculin. Mais, dans les familles hétérosexuelles, la répartition de ces deux rôles est très changeante... Quant à l'argument du rejet social de l'enfant, les études l'infirment."

  • Janine Mossuz-Lavau, politologue :

"Je suis engagée pour l'homoparentalité comme pour la parité, avec une exigence d'égalité entre hétérosexuels et homosexuels comme entre hommes et femmes. Notre société vit dans un état d'hypocrisie total. Il faut enfin reconnaître la réalité telle qu'elle est. On accepte qu'une femme seule adopte, on admet qu'elle puisse bien élever un enfant. Mais si elle dit qu'elle vit avec une femme, on le lui refuse. Pourquoi l'enfant serait-il moins heureux avec deux adultes ? Pourquoi les homosexuels seraient-ils empêchés de vivre avec des enfants ? C'est monstrueux. Le désir d'enfant est quelque chose de très fort, qui peut être ressenti par les homosexuels. Ce n'est pas une exclusivité de l'hétérosexualité. L'homoparentalité sera le prochain grand débat de société. C'est dans la suite logique du vote du pacs, même si c'est encore un tabou pour beaucoup de gens."

  • Roger Madec, maire (PS) du 19e arrondissement de Paris :

"Un enfant peut être épanoui s'il est accueilli par un couple homosexuel qui est stable. L'attention qu'on porte à son enfant est bien plus importante pour lui qu'un schéma classique de famille."

  • Claude Evin, ancien ministre, député (PS) de Loire-Atlantique :

"Je suis persuadé qu'il vaut mieux un couple constitué d'un homme et d'une femme pour la construction de la personnalité de l'enfant. Mais à partir du moment où la loi française accepte de donner en adoption un enfant à des célibataires, et prévoit des critères de jugement qui n'ont rien à voir avec l'orientation sexuelle, il faut être cohérent. Je ne suis pas pour autant favorable à la reconnaissance d'un droit à l'adoption ou à l'insémination artificielle pour les couples homosexuels."

  • Jean-Pierre Michel, député (PS) de Haute-Saône :

"Il est illégal, au seul motif que quelqu'un est homosexuel, de lui refuser l'adoption. La loi sur le pacs ne permet plus de faire ça. Elle met les couples sur un pied d'égalité. Comment va-t-on pouvoir continuer de refuser l'adoption aux pacsés ? Concubins, c'est une situation de fait, mais pacsés, c'est une situation de droit, un lien enregistré par une autorité publique."

  • Adeline Hazan, secrétaire nationale du PS chargée des questions de société :

"Je suis opposée à l'adoption par un couple homosexuel. Cela me pose question par rapport à la construction de l'enfant dans un couple où il n'y a pas d'altérité. Mais dans le cas de l'adoption par un célibataire, il y a une différence juridique et symbolique : l'enfant n'a pas de lien juridique avec deux personnes de même sexe. Le second adulte n'est pas le père ou la mère."

  • Bernard Birsinger, député (PC) de Seine-Saint-Denis :

"J'ai fait évoluer mon opinion en rencontrant l'APGL dans le cadre de la préparation du pacs. Il faut combattre les fantasmes, repartir de l'intérêt de l'enfant et sortir de l'hypocrisie car, de toutes façons, un couple homo qui veut un enfant le peut aujourd'hui. A partir du moment où il y a une volonté de donner de l'amour, je suis persuadé que l'adoption n'est pas un problème insurmontable, à condition que l'on dise bien à l'enfant qu'il est l'émanation d'un homme et d'une femme."

  • Bernard Teper, président de l'Union des familles laïques (UFAL) :

"Les enfants ont besoin de connaître leurs origines et d'être aimés par ceux qui les éduquent. Les pouvoirs publics doivent s'assurer de ces deux conditions pour que les enfants aient un développement correct. L'inclination sexuelle, elle, est un choix individuel, qui relève de la vie privée. Voilà pourquoi la décision du tribunal de Nancy est arbitraire, scandaleuse. Par ailleurs, je ne suis pas opposé à l'adoption par les couples homosexuels."

 

Thomas Guénolé & Roméo Lucibello