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27 octobre 2007

Prologue : la IVe République, gouverner par la crise.

Voici le prologue de notre nouvelle rubrique La Ve République pour les nuls. Une occasion de découvrir ou de redécouvrir l’histoire politique de la France depuis 1958, dans un style clair, direct et accessible.

Cette rubrique paraîtra tous les samedis. Comme tout ce qui paraît sur GroZbulles, nos visiteurs sont totalement libres par leurs commentaires de nous interpeller, de réagir, de poser des questions, d’ouvrir des débats, voire de corriger nos inévitables inexactitudes.

Ce prologue dresse un bilan de la IVe République, qui précéda la Ve de 1946 à 1958. Bonne lecture !

Les auteurs

 

« La Ve République pour les nuls »
Prologue : La IVe République, gouverner par la crise

 

 

Presque un retour à la IIIe République.

La brève histoire de la IVe République commence par un échec : son premier projet de Constitution, qui prévoyait une seule assemblée, est rejeté par référendum le 5 mai 1946. Le second projet, cette fois approuvé par les citoyens la même année, ressemble à s’y méprendre à la IIIe République renversée par l’invasion allemande de 1940.

Le chef du pouvoir exécutif est toujours le Président du Conseil, dont l’autorité dépend de la solidité de ses appuis à l’Assemblée nationale. Le président de la République est toujours essentiellement décoratif, sauf dans les temps de crises politiques où il sert de médiateur, d’intermédiaire et de modérateur. 

 

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Vincent Auriol, premier des deux présidents de la IVe République. Les parlementaires l'élirent à ce poste pour avoir été l'un des rares parlementaires socialistes à ne pas avoir voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain en 1940. 


Partis dispersés et parlementarisme : une combinaison mortelle pour le régime.

Lorsque la IVe République est installée, la France sort de l’épisode dictatorial de Philippe Pétain sous l’occupation allemande. En réaction à cette période d’étouffement des opinions, l’Assemblée nationale de la IVe permettra la présence d’une grande diversité de partis politiques. Et en réaction à cette période autoritaire, la IVe garantira encore plus de contrôle du gouvernement par le Parlement que sous la IIIe République.

C’est la combinaison de ces deux changements qui s’avèrera mortelle pour le nouveau régime. D’un côté, avoir beaucoup de partis présents à l’Assemblée implique que les alliances entre partis sont très instables. De l’autre, avoir un fort contrôle du gouvernement par le Parlement implique que la survie du gouvernement dépend de la stabilité de sa majorité au Parlement. Résultat des courses : sous la IVe République, un gouvernement tiendra en moyenne six mois avant de tomber.

 

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Antoine Pinay, président du Conseil et plusieurs fois ministre sous la IVe. Il marquera les mémoires pour son image de ministre des finances gérant les comptes du pays en "bon père de famille."

 

 

Le mythe d’un régime sans bilan.

A cause de cette instabilité permanente de la IVe République, le mythe d’un régime inefficace et sans bilan s’est installé dans la mémoire collective. C’est clairement abusif. En réalité, la classe politique avait pris l’habitude de fonctionner comme suit :

  1. le nouveau gouvernement qui est formé fait passer grâce à sa majorité de circonstances une réforme importante;
  2. ce gouvernement continue à faire passer des réformes, et au fur et à mesure le soutien des partis de sa majorité se réduit ;
  3. lorsque la majorité s’est réduite au point de devenir minorité, le gouvernement tombe ;
  4. une période de vacance plus ou moins longue s’installe le temps de fabriquer une nouvelle majorité ;
  5. un nouveau gouvernement émerge avec une nouvelle majorité, passe une nouvelle grande réforme, et le cycle reprend.


Il est donc faux de dire que la IVe République fut incapable d’adopter de grandes réformes. Le problème était plutôt qu'à force de gouverner par la crise ministérielle permanente, il manquait un visage stable pour incarner le pilotage politique du pays, alors que dans les faits il était gouverné par une sorte d’« oligarchie parlementaire. » Parallèlement, l’instabilité gouvernementale laissait la part belle aux hauts fonctionnaires de l’administration qui, eux, avaient l’avantage de la durée dans la gestion de leurs dossiers.

 

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Pierre Mendès-France, le plus populaire chef de gouvernement de la IVe. Ses méthodes de communication modernes (le fameux verre de lait bu à la télévision) marqueront les Français. Son gouvernement, l'un des plus longs du régime, chutera sur la décolonisation. 

 


Quelques exemples de réussites de la IVe République.

On citera notamment :

  • La reconstruction de l’infrastructure et de l’économie françaises au lendemain de la seconde guerre mondiale, même si les bases avaient été jetées par le gouvernement provisoire du général de Gaulle et le programme du Conseil national de la Résistance.
  • L’adoption du Traité de Rome, fondateur du Marché commun et première étape majeure de la construction européenne.
  • La décolonisation en Indochine, en particulier grâce au gouvernement de Pierre Mendès-France.
  • La mise en place d’une force de frappe nucléaire (bombe A) propre à la France.
  • Le début d’efforts difficiles de résorption de la dette publique, en particulier sous l’impulsion d’Antoine Pinay.
 
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Le benjamin de l'Assemblée nationale en 1956 : un certain Jean-Marie Le Pen, député poujadiste. 

 

 

Un régime entre le marteau et l’enclume.

Tout au long de sa brève existence, la IVe République fera face à des courants politiques hostiles à son système parlementariste :

- Le Parti Communiste Français, ennemi déclaré puisqu’il prône une démocratie populaire et la fin de l’atlantisme de la France.
- Le courant gaulliste, un temps incarné par le Rassemblement du Peuple Français de Charles de Gaulle, prônant le régime qui sera finalement installé en 1958.
- Le poujadisme, mouvement anti-impôts, antiparlementariste et de défense des artisans et petits commerçants, qui fera une percée spectaculaire en 1956 en profitant de la mise en sommeil du RPF de De Gaulle en 1955.

Il arrivera à ces adversaires de la IVe de s'entendre sur des causes communes, comme par exemple lorsque communistes et gaullistes s’allient pour faire échouer le projet de Communauté Européenne de Défense en 1954. Mais ce qui sauve la IVe République est qu’hormis ces cas extrêmes, jamais les adversaires du régime ne s’allient entre eux de façon durable.

Toutefois, ce côté « citadelle assiégée » de la IVe République lui rendra encore plus difficile de se réformer pour survivre. De fait, ses réformes du mode de scrutin aux législatives serviront surtout à écarter les menaces gaulliste, communiste et poujadiste, au lieu de permettre la stabilité du pouvoir en donnant des majorités plus claires à l’Assemblée.

 
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François Mitterrand, plusieurs fois ministre sous la IVe. Il lui sera longtemps reproché d'avoir, comme ministre de la Justice, fait appel à l'armée pour traiter la question algérienne. 

 

 

Les « événements » d’Algérie : la crise de trop.

Beaucoup moins que son instabilité gouvernementale chronique, qui servait même comme on l’a vu à faire passer les réformes difficiles à chaque crise, c’est le début de la guerre de décolonisation de l’Algérie qui rendra la IVe République trop fragile pour survivre, et ce pour plusieurs raisons.

Première raison principale, la IVe République telle qu’elle fonctionne n’a pas la stabilité suffisante pour gérer une crise aussi complexe sur le long terme. Les « événements » d’Algérie ont en eux-mêmes de quoi accélérer encore l’instabilité gouvernementale déjà très forte.

Deuxième raison principale, la question algérienne divise profondément l’opinion publique : contrairement aux autres colonies, sa proximité géographique vis-à-vis de la métropole et surtout le nombre très important de colons sur place en font, pour beaucoup de Français, une part inaliénable du territoire national. A l'inverse, une minorité grandissante de Français plaide pour l'indépendance. Or la IVe République, de par son fonctionnement, ne peut pas produire un leadership politique suffisamment fort et stable pour imposer une direction à l’opinion publique.

Troisième raison principale, le régime s’est défaussé de la gestion de la question algérienne sur l’Armée, qui compte en son sein un grand nombre de partisans de l’Algérie française jusqu’aux plus hauts niveaux de son commandement. Face à un régime au pilotage trop instable pour s’imposer, et trop décrédibilisé par cette instabilité vis-à-vis de l’opinion publique, il y a une marge de manœuvre pour un putsch militaire de la part d’éléments de l’Armée hostiles à une décolonisation façon Indochine.

Quatrième raison principale, une partie des réseaux formés pendant la Résistance, ceux restés fidèles au général de Gaulle, a pu constater que la voie des urnes, celle tentée par le Rassemblement du Peuple Français, est verrouillée par les lois électorales sur mesure que se fabrique la IVe République. Ces réseaux travaillent depuis de façon souterraine à la prise du pouvoir par d’autres moyens.

 

Samedi prochain :
« La Ve République pour les nuls »
Episode 1 – 1958, Opération Résurrection

 

Commentaires

Merci pour cet article édifiant et très enrichissant (cette période n est quasiment pas étudiée pendant la scolarité...), qui me conforte dans la défense d un régime parlementaire (avec des aménagements, puisqu on a vu que tout n était pas parfait...).

Au fait, où en est votre livre sur le MoDem ?

Ecrit par : florent | 27 octobre 2007

Bravo ! Je suis né sous la IV° et l'ai vécu comme le début de la V°.
Un sans faute, donc une honnêteté intellectuelle dont pourraient s'inspirer bien des Historiens et surtout des politicards de placards !

Ecrit par : Germain | 28 octobre 2007

La IVème République est tout à fait estimable. Sa seule erreur : ne pas avoir donné l'indépendance à l'Algérie au plus tard le 1er janvier 1955. Ce fut sa perte. Ses réalisations (nombreuses) sont encore en vigueur aujourd'hui, et c'était un régime réellement démocratique, qui ne risquait pas de permettre l'arrivée au pouvoir d'un petit caudillo, comme celui que la Vème République, née d'un coup de force, nous a offert tout récemment.

Ecrit par : Le penseur | 28 octobre 2007

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