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22 octobre 2007

La « question Guy Môquet »

C'est aujourd'hui 22 octobre que doit être lue, dans tous les lycées de France, la fameuse lettre de Guy Môquet. Parce que nous estimons qu'il y a là une manipulation et une instrumentalisation de l'Histoire par le pouvoir politique, nous publions le billet ci-dessous que nous a adressé François-Xavier Bernard, Vice-Président des Jeunes Démocrates de l'Aisne.

Cette démystification de la « question Guy Môquet » sera notre modeste contribution à cette journée de commémoration.

Les auteurs de GroZbulles



Conformément au vœu de Nicolas Sarkozy, le ministre de l’Education Xavier Darcos a demandé à tous les proviseurs d’organiser dans leur lycée, le lundi 22 octobre, un hommage aux héros de la Résistance : à l’occasion de cette commémoration, les personnels éducatifs sont censés lire aux élèves des lettres de résistants français, et notamment la fameuse lettre de Guy Môquet, ce jeune communiste fusillé à l’âge de 17 ans. Dans les instructions officielles envoyées par monsieur Darcos, le « dévouement » de ces jeunes martyrs est présenté comme un « formidable exemple pour les jeunes d’aujourd’hui » (sic). Les problèmes assez graves posés par cette commémoration suffisent à expliquer pourquoi tant de professeurs y sont hostiles.

Tout d’abord la méthode employée par le président de la République est tout à fait contestable : la lecture de cette lettre aux élèves n'a pas été décidée par la Commission des programmes, mais par le président de la République en personne. Or, les enseignants n'ont en principe aucune instruction à recevoir de la part du chef de l'Etat (en tout cas depuis la fin du régime de Vichy !). Ils n’ont donc pas vocation à exécuter les desiderata de monsieur Sarkozy.

Mais outre la méthode, il y a aussi un problème sur le fond. Présenter Guy Môquet comme un héros de la Résistance relève soit de l’ignorance, soit du révisionnisme ! Il est urgent et nécessaire de préciser que Guy Môquet n’a jamais été à proprement parler un résistant : il y a par conséquent un gros contre-sens historique à propos de cette fameuse lettre. Guy Môquet n'a jamais participé à aucun mouvement de Résistance, et pour cause : il a été arrêté en 1940, avant que les premiers mouvements de résistants ne se soient organisés. Guy Môquet fut incontestablement un otage, un martyr, une victime du nazisme. Mais il n'était pas résistant, et aucun historien sérieux ne l'a jamais dépeint comme un résistant.

Rappelons que Guy Môquet était un jeune militant communiste. Comme beaucoup d'autres communistes, il a dénoncé le nazisme et la collaboration. Comme beaucoup d'autres communistes, il a été arrêté à cause de ses convictions. Comme beaucoup d'autres communistes, il a été fusillé. Mais si tragique que soit cette mort, Guy Môquet n’en est pas pour autant un résistant (à moins que l'on considère comme "résistants" toutes les victimes du nazisme et de la collaboration !). Guy Môquet a été fusillé par les nazis le 22 octobre 1941, avec un groupe de prisonniers communistes, en guise de représailles suite à l'exécution d'un commandant allemand par des militants communistes : Guy Môquet a donc été exécuté pour un acte qu'il n'avait pas commis.

Si l'on rend hommage à Guy Môquet, c'est parce qu'il est mort très jeune (à 17 ans), et parce qu'il nous a laissé une lettre très émouvante, qui constitue au demeurant un précieux témoignage historique. Mais il est inacceptable d'ériger Guy Môquet en symbole de la Résistance. Monsieur Sarkozy a tout faux.

Dernière chose : au-delà de cette fâcheuse habitude qu’a prise Nicolas Sarkozy de récupérer, à des fins politiques, certaines figures du passé (Jaurès, Blum, Guy Môquet, etc.), il y a dans la démarche du président une dangereuse confusion entre histoire et mémoire. L’histoire est une science, elle s’enseigne. La mémoire n’a rien de scientifique, elle ne s’enseigne pas, elle repose sur un sentiment, une émotion collective : cette émotion, même si elle est compréhensible et légitime, n’a pas sa place à l’école. La mission d’un enseignant est de transmettre des savoirs et de former des citoyens capables de penser par eux-mêmes ; ce n’est certainement pas de leur dire qui ils doivent admirer, à quels hommes du passé ils doivent rendre hommage, ni quels hommes ils doivent prendre pour modèles.

François-Xavier Bernard
Vice-Président des Jeunes Démocrates de l’Aisne

Commentaires

N'était-il pas ubuesque, hier soir, d'entendre les présentateurs du JT annoncer aux élèves que leur prof d'histoire ou de français leur lira la lettre que le président leur demande de lire ? En terme de propagande, c'est du jamais vu auparavant, je crois. Nicolas ou "je suis partout"

Ecrit par : solko | 22 octobre 2007

D'autant qu'avant 40, dans quel camp étaient les communistes ?
Falsifier l'histoire, n'est-ce pas comme cela que cela commence ?
A moins que cela soit juste une manifestation d'inculture grossière.

Ecrit par : republica | 28 octobre 2007

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