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01 septembre 2007

MoDem : des démocrates, pas des centristes !

Nous ne sommes plus des centristes, installés au centre-droit : nous sommes des démocrates, installés au centre.

En politique plus que partout ailleurs, les mots ont un sens, et plus ils sont utilisés, plus ils prennent une connotation presque plus importante que leur sens. Par exemple, le mot « mondialisation » signifie « développement de liens d'interdépendance entre hommes, activités humaines et systèmes politiques à l'échelle du monde. » Et au fil de son utilisation, il a renvoyé en plus à un débat politique sur l'extension supposée du raisonnement économique à toutes les activités humaines, et la question de savoir comment la combattre ou en modifier le cours. Il en va de même pour les mots « centrisme » et « centriste » : ils ont pris un sens, et surtout une connotation. Ils renvoient au centre-droit, à ce concept d’une version modérée de la droite qui la tempère et lui sert de force d’appoint. Ils renvoient à une mouvance tiède, hésitante, qui ne sait pas ce qu’elle veut et n’a aucune conviction ancrée. Par ailleurs, le terme « centriste » est un mot fermé : il renvoie à l’idée qu’on prône le centrisme à l’exclusion de tout le reste, de la même manière que le mot « socialiste » renvoie à l’idée qu’hors du socialisme point de salut.

Accepter d’être appelés « centristes » serait possible si nous étions toujours, comme l’ancienne UDF a pu l’être, cette version modérée de la droite qui la complète et l’équilibre. Or la campagne présidentielle de 2007, et la fondation du MoDem qui s’ensuivit, a fait de nous mouvement profondément démocratique, indépendant et antisystème, qui propose de nouvelles règles du jeu politique. L’appellation « centristes », et le mot même « centrisme », ne nous correspondent donc pas, et nous devons les refuser l’un et l’autre.

Par définition, l’appellation qui nous correspond le mieux est celle qui renvoie à ce que nous sommes principalement, essentiellement. Et principalement, essentiellement, nous sommes des démocrates. C’est le souffle de la véritable démocratie contre un système politique verrouillé qui sert de clé de voûte à notre mouvement. Ce sont les principes de l’ouverture et du rassemblement par la démocratie, contre la fermeture et le sectarisme par le clivage gauche-droite, qui sont le moteur de notre mouvement. Et c’est la démocratie véritable, encore elle, qui est appelée à être la spécificité de notre mouvement par rapport au duopole UMP-PS, marqué à droite par le culte du chef, et à gauche par les jeux d’appareil entre chapelles concurrentes. Ce qui nous structure, ce qui nous définit, ce qui est notre identité, c’est la démocratie. Nous sommes donc, non pas des centristes, mais bien des démocrates.

Dans un monde parfait, les mots ont un sens clair et accepté par tous, et qui ne prête ni à confusion ni à polémique. Nous ne vivons pas dans ce monde parfait : la politique inclut en permanence de violentes batailles sur le sens des mots. Par exemple, les partisans de la fermeture contre l’ouverture ont gagné ce type de bataille en donnant à « Europe libérale » le sens de « règne des marchés et de la loi du plus fort. » Autre exemple, la droite a gagné ce type de bataille en associant à l’expression « valeur travail », connotée positivement, des mesures qui profitent d’abord aux plus riches et peuvent nuire aux intérêts des salariés. Dernier exemple, la droite, là encore, a gagné ce type de bataille en associant à l’expression « ouverture », connotée positivement, ce qui reste une vaste entreprise de débauchage politicien.

En aucun cas nous ne pouvons nous laisser enfermer dans ce piège, en nous laissant appeler par des mots qui ne correspondent pas à ce que nous sommes. Or nous ne serons appelés que de la façon dont nous nous laisserons appeler sans réagir.

Nous devons donc assumer et affirmer, à tous les niveaux de la vie de notre mouvement, que nous sommes des démocrates, et non pas des centristes. Cela implique un effort de répétition qui sera sans doute fastidieux, mais indispensable pour que ce changement de dénomination soit intégré dans l’opinion publique.

Thomas Guénolé

Commentaires

Depuis le 6 mai 2007, quand j'entends le mot démocratie, je frémis. Car pour moi, l'affaire est désormais entendue. La démocratie est tout à fait comme la langue d'Esope : la meilleure et la pire des choses.

Ecrit par : Le penseur | 01 septembre 2007

Complétement d'accord...

C'est du ni puissance 3 ! Ni droite, ni gauche, ni centre. On passe les vitesses. Juste, démocrate !

Ne reproduisons pas ces images figées dans le passé que sont la droite et la gauche... Ca met des murs entre les gens et les idées alors que tout est lié.

Ecrit par : Antonin | 01 septembre 2007

d'accord sur la forme (quoique... l'espace politique du centre a-t-il une existence et/ou un sens pour vous, ou pas?),
mais tout de même sur le fond, n'est-il pas un peu excessif de considérer que les autres partis ne sont pas démocrates ?

Ecrit par : florent | 01 septembre 2007

On me disait encore hier lors de ma défense de mémoire que j'utilisais les mots dans un sens parfois un peu archaïque, mais je considère qu'aujourd'hui il n'existe aucune réelle démocratie ni aucun partit démocratique, que ce soit chez vous chers voisins d'outre-Quiévrain ou que ce soit dans ce plat pays qu'est ma Belgique natale.

En effet le terme démocratie implique un pouvoir du peuple. Or aujourd'hui aucun peuple ne dispose réellement du pouvoir. Il dispose uniquement de la possibilité ( réelle ? ) de désigner un certain nombre d'individus dans un certain nombre de fonctions dans lesquelles lesdits individus ne vont finalement guère avoir de pouvoir et seront avant tout là pour occuper le JT de 19 ou 20h.

Pour moi une véritable démocratie c'est un système ou le citoyen a réellement un mot à dire. La Suisse est donc pour moi beaucoup plus démocrate que la plupart des pays en raison de son usage régulier du référendum. Mais il me semble que pour disposer d'une véritable démocratie il faut aller plus loin, beaucoup plus loin même.

Il faut permettre un véritable contrôle par le citoyen de l'activité de ses politiciens. Comment ? En permettant tout d'abord à tout citoyen de déposer une plainte contre un projet de loi voté par les élus avant que cette proposition ne devienne une loi à part entière. Un procès aurait alors lieu durant lequel 500 citoyens tirés au sort auraient pour fonction de juger si la loi est utile, bonne et nécessaire. Le plaignant défendrait son point de vue et l'initiateur du projet de loi défendrait le sien et les jurés voteraient. Pour limiter les risques de dérive et de paralysie tout plaignant devrait recevoir au moins 1/3 des votes en faveur de sa plainte sous peine de devoir rembourser l'ensemble des frais de procédure et être interdit d'utiliser son droit d'ester en justice politique. De même tout politicien qui ne remporterait pas 1/3 des votes en faveur de son projet perdrait son droit de faire des propositions de loi et un pourcentage de son salaire.

Ce système qui permettrait à la foi de contrôler les politiciens et de limiter les excès des démagogues a déjà existé et fonctionné par le passé, dans la cité d'Athènes, la mère de la Démocratie. Pourquoi ne pas s'inspirer de ce qui, dans le passé, a fait ses preuves au lieu de s'engager dans une particratie néfaste ?

Ecrit par : Bryaxis | 01 septembre 2007

Il est vrai que s'inspirer des modèles antiques de la démocratie est extrêmement tentant, mais il y a un gros, gros problème : à Athènes, il y avait tout au plus quelques milliers de citoyens. Or, la démocratie athénienne a rapidemment sombré (elle a duré 200 ans et de manière interrompue sur les 2000 et quelques que compte l'antiquité athénienne), à cause entre autres des difficultés à permettre aux orateurs (ceux d'entre les citoyens qui réussissaient à vivre avec la seule allocation des participants aux débats, pas ceux qui venaient un jour de leur campagne lointaine pour discuter de la loi sur la taxation du blé ou autre), fraction pratiquement "quantité négligeable" des citoyens athéniens, de pouvoir s'exprimer.

En France, on est plus de 60 millions de citoyens. Il y a aujourd'hui bien plus de personnes proportionellement à la population totale qui peuvent participer aux débats, s'intéresser à la vie politique de leur nation que dans l'Athènes antique.
Je vous laisse imaginer le boxon. Le seul moyen d'éviter le déferlement incessant des "plaintes" sur les projets de loi serait d'embourber cette mesure par des procédures et tractations administratives, ce qui ne serait guère du goût ni du plaignant ni de l'état (qui paye le papier, je le rappelle).

Aussi, je souscris totalementà ce que dit Rousseau : la démocratie est faite pour les dieux (notez que je ne suis pas croyant, j'utilise le terme "dieux" dans le sens entendu par Liebnitz), et le seul moyen de l'approcher est de l'instituer à l'échelle d'une cité, pas d'une nation toute entière.

En revanche, je suis d'accord avec vous : la "démocratie représentative" n'est pas plus une démocratie que la "démocratie populaire".

Ecrit par : Funram | 02 septembre 2007

Funram, je suis assez d'accord dans l'ensemble mais vous oubliez une donnée essentielle que sont les nouvelles technologies de l'information. Presque n'importe quel citoyen peut créer un blog pour s'exprimer. Il peut enregistrer une vidéo et la faire tourner sur internet... Bref, aujourd'hui pratiquement tout le monde peut être un média à grande échelle.

Peut-être qu'à terme nous trouverons un processus informatique permettant de donner la parole à tous les citoyens... Qui sait ? On peut toujours espérer :-)

Ecrit par : Antonin | 02 septembre 2007

Certes, les technologies de l'information peuvent en effet permettre à plus de personnes de participer au débat... mais c'est déjà un boxon pas possible sur Internet : imaginez les répercussions si ces possibilités étaient disponibles pour participer aux débats d'une assemblée passée entretemps de la représentativité du peuple à la participation du peuple...
Imaginez déjà un million de personnes déliberrant sur ce blog au propos d'un projet de loi. Ensuite, dites-vous que cela ne représente qu'un soixantième de la population (ou un quarantième des personnées dôtées du droit de vote) et vous aurez une idée assez précise de l'irréalisation de la chose.

A moins de faire de la France un conglomérat fédéral de communes disposant toutes d'une assemblée et réunissant un nombre suffisament peu nombreux de personnes pour que chacun puisse y avoir la parole, je vois mal comment permettre à tout un chacun de participer au débat...

Ecrit par : Funram | 02 septembre 2007

D'après moi, nous sommes aujourd'hui dans une médiacratie au service d'une oligarchie pleine aux as.

(court mais concis ^^)

Ecrit par : POF | 02 septembre 2007

L'argument selon lequel, au vu du nombre de personnes susceptibles de déposer plainte il n'est pas possible de mettre un place un système de "tribunal pour les lois" n'est à mon sens pas valable. On a pas non plus besoin de mettre en place des procédures pour limiter le droit d'ester en justice contre ces lois. On peut par exemple limiter la durée durant laquelle une plainte peut être déposée, rassembler automatiquement tous les plaignants déposant contre une seule et même loi en un seul procès ( avec des temps de parole chronométrés pour que chacun aille à l'essentiel ), etc...

D'autres mesures pour donner plus de contrôle aux citoyens peuvent aussi être aisément mises en oeuvre et assurer une plus grande démocratie :

- interdiction pour le détenteur d'un mandat public de présenter sa candidature à une fonction publique ou privée tant que son mandat n'est pas achevé ou qu'il n'a pas officiellement démissionné de son poste

- Interdiction d'assumer deux mandats de suite dans un même poste, interdiction d'assumer plus de deux fois dans sa vie un mandat ( renouvèlements plus fréquent des élus, élargissement du pool d'élus, diminution du nombre de "superstars médiatiques", limitation du phénomène de politiciens de carrière

- Obligation pour tout élu de présenter en fin de mandat un compte rendu de son activité reprenant toutes les promesses qu'il a énoncé durant sa campagne électorale et son travail sur ces dossiers, document contrôlé par un organisme indépendant, avec interdiction de se présenter à une élection tant que ce document n'a pas été rendu et validé par cet organisme.

Ce ne sont que quelques idées mais elles pourraient avoir un impact majeur

Ecrit par : Bryaxis | 02 septembre 2007

Toutes ces suggestions sont très intéressantes.

Vous oubliez cependant un petit détail : la démocratie ne prend sens que si les citoyens sont éclairés et motivés, or tout montre que nous en sommes encore loin. Le déficit est grand en ce qui concerne l'information/éducation/formation des citoyens, sans parler de la volonté et du temps qu'ils seraient prêts à consacrer à la chose publique...

Ecrit par : florent | 02 septembre 2007

L'essence de la démocratie, ce n'est pas l'élection et encore moins le référendum. Il est aisé de démontrer que la majorité des référendums ne sont en fait que l'occasion de déchaîner les populistes dans un méli-mélo d'amalgames, ou de valider des décisions déjà prises par ailleurs. Il suffit de lire Hannah Arendt pour comprendre à quel point il est aisé de manipuler une foule. Donc non, mille fois non, la démocratie n'a rien à voir avec le vote ; ce dernier n'est qu'un outil.

En vérité, ce qui fait toute la valeur de la démocratie, c'est la libre expression, la libre représentation de toutes les sensibilités ; c'est l'existence d'un débat contradictoire sans tabous et constructif. Nos démocraties libérales ont fait certains choix pour parvenir plus ou moins à cet objectif ; ceux-ci reposent sur un système électoral au suffrage universel, et est somme toute d'invention récente — XIXe siècle tout au plus. Mais dans l'histoire, nous pourrions trouver sur différents continents différents épisodes que nous pourrions qualifier de démocratique au sens où je l'ai défini ici, et qui ne reposaient pas sur un tel système électoral. Et inversement, sans même évoquer les plébiscites napoléoniens ou les soviets, il suffit de regarder notre propre système électoral pour constater qu'il y a quelque chose de pas très démocratique dans la représentation nationale. Et pourtant, qu'il s'agisse du Président de la République ou des députés de la Nation, ils ont tous été élus à la loyale, en toute transparence et sans aucune fraude !

Tout ceci pour dire que oui, mille fois oui, notre Mouvement est bien "démocrate", et non "centriste". Se dire "centriste" c'est reconnaître une légitimité à l'axe droite-gauche ; comment peut-on à la fois proclamer partout que ces références sont surannées, et continuer à s'y référer pour se définir soi-même ? Cela n'a aucun sens. Le monde n'est pas à deux dimensions, il est en relief. Et à ceux qui vous demandent si le sommet du Mont Blanc se trouve à droite ou à gauche des Alpes, dites simplement qu'il est en haut.

Ecrit par : KPM | 02 septembre 2007

Stop ! L'uDF était du centre droit, et ses adhérents "centristes du centre droit".
Aujourd'hui je pense qu'il faut tout de même rester sur cette notion du centre "plein centre".
En quelque sorte, on serait "centriste du centre"
Je trouve que la notion de démocratie est floue : ne sommes nous pas pour une grande partie des français, des démocrates ? Dire que les autres partis ne sont pas démocrate c'est un peu exagéré, non ?
Nous pouvons être démocrates ET centristes.
Notre mouvement, le MoDem, le Mouvement Démocrate est le mouvement qui nous rassemble, au centre.
Pourquoi un mouvement démocrate ne pourrait-il pas être à gauche ou à droite ?
C'est pourquoi, je pense qu'il est nécéssaire de rester attaché à cette notion du "plein centre".
Nous sommes le Mouvement Démocrate du centre.
Je suis - c'est mon point de vue - un centriste démocrate.

Ecrit par : Jules | 05 septembre 2007

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