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08 juillet 2007
Rediffusion : les incidents de la Gare du Nord.
Nous rediffusons ici l'article que nous avions publié au lendemain des émeutes de la gare du Nord, qui s'étaient déroulées en pleine campagne présidentielle. L'occasion pour nous de dénoncer le sécuritarisme et de souligner ce qui est pour nous le vrai problème : une définition de l'identité nationale à côté de la plaque.
La bulle : « Après les émeutes des banlieues, celle intervenue à Paris gare du Nord replace la sécurité au cœur de la campagne présidentielle. »
Crever la bulle : Cette nouvelle émeute n’est qu’un symptôme d’un mal très profond, celui du fossé qui place toute une part de la population à l’extérieur de notre communauté nationale.
Avant d’écrire ce nouvel article, je tiens à formuler deux précautions. D’abord, pour la première fois depuis l’ouverture de ce blog j’écris « immédiatement à chaud » à propos de l’actualité de la campagne, alors que d’ordinaire je m’astreins à laisser passer quelques jours pour prendre plus facilement du recul. Ensuite, j’écris ces lignes alors que, à l’heure où je le rends public, les informations sur ce qui s’est exactement passé à Paris Gare du Nord sont encore très incomplètes.
Je tenais à souligner ces deux limites, avant d’entrer dans le vif du sujet. Le vif du sujet, c’est que j’ai mal à la France.
Peu m’importe de savoir qui a dérapé le premier entre le « jeune-de-banlieue » contrôlé à la gare et les policiers appelés en renfort pour l’interpeler. Peu m’importe de savoir dans quelle mesure les comportements des uns et des autres, policiers et émeutiers, s’expliqueraient par le comportement de ceux d’en face. Bref, peu m’importe, profondément, qui a tiré le premier. D’avance l’on sait que les tentatives de justification des uns et des autres, et de leurs partisans de toute sorte s’exprimant dans les médias, seront des positions pleines d’a priori, de manichéisme avec variantes sur qui sont les gentils et les méchants dans l’histoire, et de simplifications abusives. Etablir la vérité suppose, par définition, du calme, du recul et la recherche de l’enchaînement des faits sans préjugés. Il y a le contexte social profond de notre pays dans son rapport aux banlieues (c’est-à-dire le lieu des bannis, étymologiquement). Il y a la polarisation très marquée sur ce type de sujet à un mois du premier tour de l’élection présidentielle. Inutile donc d’espérer l’établissement de la vérité sur les responsabilités de chacun avant plusieurs mois.
Ce qui m’importe, en revanche, ce sont les courants de fond dont les émeutes de la gare du Nord constituent un nouveau révélateur. Il existe dans notre France des habitants suffisamment déconnectés des normes sociales, qui fondent toute communauté humaine, pour réagir à un contrôle de ticket de train par un coup de boule sans voir où est le problème. Il existe dans notre France des forces de police suffisamment perçues comme des ennemis par une partie de la population pour qu’improviser une contre-offensive combattants contre combattants soit leur soit naturel. Il existe dans notre France un état de conflit, un fossé, une fracture, un mur de Berlin, suffisamment forts pour qu’une étincelle suffise à entraîner, aussi bien du côté des forces de police que du côté d’une partie de notre population, des réactions totalement disproportionnées.
Le vif du sujet, donc, c’est que j’ai mal à la France. L ’état de déconnection, de cassure nette, a atteint et largement dépassé le point à partir duquel s’engage une aggravation continuelle de la violence du conflit latent. Or, parce que c’est plus facile et plus payant électoralement de donner des explications simples à une fracture compliquée, la grille de lecture de nombre de candidats à la présidentielle sera de désigner un ennemi extérieur : le fantasme de l’alien qui nous veut du mal, parce qu’il n’est pas assimilable (vu de droite) ou parce que « la société » l’a transformé en cet alien (vu de gauche). Cette vision enferme l’offre politique droite-gauche dans le clivage habituel répression-prévention, et pendant ce temps-là, le problème de fond continue à s’aggraver.
Ce problème de fond, c’est que notre identité nationale affichée ne correspond plus à ce qu’est réellement notre population, et assimile donc une partie de plus en plus grande de la population du pays comme des greffes que le corps ne peut pas supporter. Ce problème de fond, c’est que c’est là où elle a le devoir d’être le plus présente que la République est absente, renforçant cet état d’abandon d’habitants de notre pays.
Peut-être serait-ce cela, l’enjeu d’un véritable patriotisme : bâtir une identité nationale qui parte de notre population telle qu’elle est, et en tirer les conséquences en termes d’action politique. Quand une part aussi nombreuse de notre population ne rentre plus dans le moule, ce n’est plus cette population qui pose problème : c’est le moule.
La bulle : « Après les émeutes des banlieues, celle intervenue à Paris gare du Nord replace la sécurité au cœur de la campagne présidentielle. »
Crever la bulle : Cette nouvelle émeute n’est qu’un symptôme d’un mal très profond, celui du fossé qui place toute une part de la population à l’extérieur de notre communauté nationale.
Thomas Guénolé
14:00 Publié dans Billets d'humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : présidentielle, MoDem, gare du Nord




