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22 mai 2007
Vous avez dit « prise d’otage » ?
La bulle : « Y en a marre de ces fonctionnaires des transports qui prennent les Français en otage en faisant grève sans arrêt. »
Crever la bulle : Par définition, le droit de grève des salariés est fait pour nuire à l’employeur en nuisant à ses clients. Remettre en cause cet effet de nuisance, c’est remettre en cause le droit de grève.
Le slogan, à défaut d’un argumentaire, est repris en boucle par les hiérarques de l’UMP : « les grèves dans les transports publics prennent les Français en otages. » L’objectif est de faire passer dans les esprits une idée qui fait son chemin depuis plusieurs années : l’instauration du service minimum dans les transports en commun.
Rappelons tout d’abord que les mots ont un sens. Lorsque des féministes mettent sur le même plan, sous le vocable « atteinte aux droits des femmes », les inégalités de salaires entre hommes et femmes en France et l’excision des femmes dans plusieurs régions d’Afrique, il est assez facile de démontrer à quel point c’est une comparaison inepte. De la même manière, il est inepte et structurellement mensonger de mettre sur le même plan l’exercice du droit de grève dans les transports public et le fait de retenir captives et sous-alimentées des personnes qu’on place sous la menace d’une arme.
Soulignons ensuite que, sur le fond, le parallèle fait par les hiérarques de l’UMP entre grève dans les transports en commun et prise d’otage est tout sauf anodin. L’emploi de l’expression « prise d’otage » renvoie à l’idée d’une contrainte violente, illégitime et moralement intolérable exercée dans la durée sur des innocents. Par analogie, ce parallèle exprime donc l’idée que la grève dans les transports en commun est, comme une prise d’otage, une contrainte violente, illégitime et moralement intolérable exercée dans la durée sur des innocents (en l’occurrence, les usagers du service public des transports). L’exercice du droit de grève dans le service public des transports n’est donc légitime et tolérable, dans la logique de ce parallèle, que lorsque les usagers n’en sont pas les victimes innocentes, donc quand les grèves n’incommodent pas les usagers.
Le principe sur lequel repose ce parallèle effectué par l’UMP entre grève et prise d’otage est ainsi résumable comme suit : plus une grève dans les transports publics est sans impact sur ses usagers, plus elle est légitime et moralement tolérable ; plus une grève dans les transports publics incommode ses usagers, plus elle est illégitime et moralement intolérable. Il y a dans cet argumentaire, on l’aura compris, un travestissement de la nature-même du droit de grève. Fondamentalement, la grève est un droit donné aux salariés afin qu’ils disposent d’un instrument ultime de contre-pouvoir face à l’employeur. Le droit de grève est donc, par définition, destiné à nuire à l’employeur, dans le cadre d’un bras de fer, en réduisant par le « débrayage » l’activité destinée aux clients de l’employeur.
Déguisé en défense non-partisane des innocents, le parallèle effectué par l’UMP entre grève des transports publics et prise d’otage est donc de parti pris. Il ne retient dans sa logique que l’impact négatif sur les clients, en l’occurrence rebaptisés « usagers ». Il oublie à dessein que c’est pour nuire à l’employeur, et à lui seul, que le droit de grève a par définition cet impact négatif sur les clients. Cela lui permet de maquiller en mesure non-partisane ce qui est, concrètement, une mesure idéologique par excellence : priver le droit de grève dans les transports publics de ce qui en fait un instrument de bras de fer social.
La bulle : « Y en a marre de ces fonctionnaires des transports qui prennent les Français en otage en faisant grève sans arrêt. »
Crever la bulle : Par définition, le droit de grève des salariés est fait pour nuire à l’employeur en nuisant à ses clients. Remettre en cause cet effet de nuisance, c’est remettre en cause le droit de grève.
10:50 Publié dans Billets d'humeur | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
Commentaires
Je viens d'avoir une meilleur idée !
Puisque la grève est "un droit donné aux salariés afin qu’ils disposent d’un instrument ultime de contre-pouvoir face à l’employeur", pourquoi les grévistes ne rendraient-ils pas les transports publiques gratuits, le temps de leur grève ?
Ainsi, l'employeur serait directement attaqué à son porte monnaie, premier avantage.
Et second avantage : la grève des transports gagnerait en popularité, ce qui est loin d'être le cas en ce moment. Et cela les hiérarques de l'UMP l'ont bien compriset exploité.
Ecrit par : POF | 22 mai 2007
Sur le principe, l'idée est séduisante.
Le problème est que, d'un point de vue pratique, faire profiter le client de la gratuité sans le consentement de l'employeur est assimilable à du vol.
Ecrit par : Thomas Guénolé | 22 mai 2007
Hum... oui mais... non.
Il y a déjà eu des antécédants, qui peuvent s'apparenter à ce que tu décris comme une interprétation de vol par l'employeur. Ainsi, des salariés EDF ont reconnecté des déconnectés ou basculé des compteurs en tarif de nuit, des salariés de France Télécom ont permis des appels gratuits.
Seules des actions extrême, comme le sabotage ou la séquestration sont pénalement répréhensibles.
Alors même si le terme "prise d'otage" peut rendre dubitatif, il n'en demeure pas moins que, lorsqu'un gréviste interrompt un service de transport en commun, l'usager peste - en son fort intérieur - contre le vilain gréviste, et non contre le vilain employeur qui ne veut pas aider les grévistes.
C'est donc un problème d'image, directement imputable à la manière dont est conduite la grève.
Attention toutefois, je ne dis pas que la solution coule de source : les briseurs de grève sont monnaie courante, surtout dans le secteur sensible des transports en commun.
Et une grève par la gratuité passe par un contrôle plus étroit des différents maillons de la chaîne salariale de l'entreprise.
(Bon sang, mais que fais-je encore dans l'informatique ?
J'aurais du faire cheminot, je le savais ! Ah ça ira ça ira ça ira...)
Ecrit par : POF | 22 mai 2007
Je manque de données, donc je ne peux rien affirmer avec certitude, mais il me semble que le salarié fait profiter le client de la gratuité d'un bien ou d'un service, sans accord ou instruction dans ce sens venant de son employeur, c'est illégal.
Après, il est tout à fait possible que bien que ce soit illégal, cela ait lieu dans telle ou telle entreprise publique ou privée. De la même manière que, par exemple, la loi impose en théorie que les jours de grève soient systématiquement déduits du salaire des grévistes, alors que dans la pratique cette déduction est tout sauf systématique.
Ecrit par : Thomas Guénolé | 22 mai 2007




