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18 mai 2007

François Bayrou : le MoDem est connecté.

La bulle : « Faute d’alliances électorales, Bayrou et son nouveau parti auront beaucoup de mal à avoir des députés aux prochaines législatives. »

Crever la bulle : Pour s’inscrire dans la durée, le MoDem n’a besoin que de maintenir ses finances viables, et de conserver la confiance des électeurs ralliés à François Bayrou le 22 avril. Avec en ligne de mire l’objectif 2012.




La rengaine sur François Bayrou et le nouveau centre est systématiquement la même : amputé de la quasi-intégralité de ses députés sortants, privé d’alliances électorales avec l’UMP ou le PS, le jeune MoDem aura du mal à survivre aux élections législatives de juin prochain. Cette analyse à courte vue passe à côté de la réalité politique, que ce soit de façon délibérée ou par erreur d’appréciation.

Notons d’abord, pour les législatives de juin prochain, que le mode de scrutin de l’Assemblée Nationale la rend intrinsèquement non-représentative des Français. Avec le scrutin uninominal à deux tours, il se déroule dans chaque circonscription une répétition en miniature des résultats de l’élection présidentielle, avec prime de mobilisation des électeurs de son camp pour le représentant du candidat élu au scrutin présidentiel grandeur nature. Il en résulte que les députés élus ne sont que les représentants des résultats circonscription par circonscription de l’élection présidentielle nationale. En aucun cas ils ne représentent les opinions des électeurs dans leur diversité, puisqu’il est probable que le centre et les extrêmes, pesant à eux trois plus d’un tiers de l’électorat, y auront une représentation nulle voire quasi-nulle. Par conséquent, mesurer la viabilité du MoDem à l’aune de ses résultats aux législatives est un non-sens.

Notons ensuite un événement spectaculaire et sans précédent en France, bien que peu commenté dans les grands médias : en une dizaine de jours, le MoDem a enregistré sur Internet près de 50 000 pré-adhésions. L’on peut objecter que, étant gratuites, ces pré-adhésions ont moins de signification qu’une adhésion en bonne et due forme avec chèque d’une quinzaine d’euros versé au parti. L’on peut également objecter que, de fait, il y aura probablement moins que 50 000 adhérents lorsque la chose sera payante plutôt que gratuite. Il n’en reste pas moins cet élément fondamental : 50 000 citoyens sont allés jusqu’à s’enregistrer eux-mêmes comme étant prêts à rejoindre le MoDem. Ceci, alors qu’en France un parti politique tient déjà du mouvement de masse lorsqu’il atteint ou dépasse les 20 000 membres.

Notons par ailleurs qu’en l’absence d’alliances électorales avec la droite ou la gauche, le MoDem se retrouve dès sa naissance dans la situation exacte d’une version républicaine et constructive du Front National. Comme le Front National, le MoDem fait d’ores et déjà l’objet d’un accès inéquitable aux grands médias par rapport au duopole UMP-PS. Comme le Front National, le MoDem voit certains de ses cadres se rallier à un des partis du duopole, avec Hervé Morin dans le rôle de Bruno Mégret. Comme le Front National, le mode de scrutin des législatives condamne le MoDem à provoquer des triangulaires en n’ayant l’espoir que pour une poignée de sièges d’obtenir des élus. Comme le Front National, du fait du fonctionnement de la Ve République le MoDem doit tout miser sur la qualification pour le second tour de l’élection présidentielle afin de provoquer à son avantage un « séisme politique. » Cependant, la ressemblance s’arrête là : il y a similitude de situation politicienne, sans qu’il y ait similitude de nature entre les deux partis. La différence la plus fondamentale, outre des projets politiques symétriquement contraires, c’est que le « second 21 avril » que pourrait provoquer le MoDem serait constructif au lieu d’être une impasse. Excellente nouvelle pour toutes celles et tous ceux, majoritaires dans l’opinion, qui ne croient plus au duopole UMP-PS : il est désormais possible d’avoir un vote de rejet de ce duopole sans avoir à soutenir les extrêmes, parce que le vote de révolte est désormais le vote pour le MoDem. En attendant d’être assez nombreux pour provoquer ce « 21 avril constructif. »

Notons enfin que, pour exister durablement dans le paysage politique, un parti en France a besoin de deux conditions : des électeurs suffisamment nombreux, et des finances équilibrées. Les électeurs, le MoDem les a, quand bien même il rassemblerait 12 à 15% des voix aux prochaines législatives au lieu des 19 de François Bayrou le 22 avril dernier. Quant aux finances équilibrées, sachant qu’après les législatives, d’un côté tout parti politique touchera de l’Etat une somme proportionnelle au nombre de voix obtenues, et que de l’autre tout parti politique devra payer une amende proportionnelle à l’ampleur de son irrespect de la loi sur la parité, le MoDem aura des finances équilibrées s’il atteint 1 300 000 voix en respectant la parité de candidatures d’hommes et de femmes. Le coup est donc jouable.

Car c’est bien cela, et non le décompte du nombre des futurs députés MoDem, qui est en jeu pour le nouveau centre. Maintenir des finances viables et conserver la confiance des électeurs ralliés à François Bayrou le 22 avril. Pour pouvoir, d’ici 2012, préparer la machine de guerre d’une version constructive du 21 avril.



La bulle : « Faute d’alliances électorales, Bayrou et son nouveau parti auront beaucoup de mal à avoir des députés aux prochaines législatives. »

Crever la bulle : Pour s’inscrire dans la durée, le MoDem n’a besoin que de maintenir ses finances viables, et de conserver la confiance des électeurs ralliés à François Bayrou le 22 avril. Avec en ligne de mire l’objectif 2012.




Thomas Guénolé

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