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06 mai 2007

Nicolas Sarkozy élu : braquage à l'italienne.

Comparons la situation du vainqueur présent en France avec celle d’un vainqueur passé, de l’autre côté des Alpes : Silvio Berlusconi.

Nicolas Sarkozy a remporté cette élection présidentielle. Il l’a fait en rassemblant massivement sur son nom les voix de la droite, de l’extrême droite, et du centre-droit. Il l’a fait en s’appuyant sur un programme qui combinait, d’une part, un libéralisme économique et social assumé, et d’autre part, la réhabilitation des valeurs morales traditionnelles de la droite. Il a par ailleurs bénéficié, objectivement, du soutien de fait de la majorité des médias du pays.

Il y a de cela quelques années, Silvio Berlusconi remporta les élections législatives italiennes. Il le fit en rassemblant massivement sur son nom les voix de la droite, de l’extrême droite, et du centre-droit. Il le fit en s’appuyant sur un programme qui combinait, d’une part, un libéralisme économique et social assumé, et d’autre part, la réhabilitation des valeurs morales traditionnelles de la droite. Il bénéficia par ailleurs, objectivement, du soutien de fait de la majorité des médias du pays.

Je n’ignore pas que faire ce parallèle peut sembler choquant ou excessif en première lecture. J’ajoute donc immédiatement une différence majeure entre Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi : le Président du Conseil italien était lui-même propriétaire de l’essentiel des médias soutenant sa campagne. Pour le reste, je maintiens le parallèle, aussi bien sur la stratégie employée pour gagner que sur des aspects plus secondaires, comme par exemple leur goût commun pour les déclarations provocantes attirant sur eux l’attention médiatique.

Une fois ce parallèle posé, déduisons-en un essai de prédiction sur ce dont accouchera le mandat de Nicolas Sarkozy.

Pendant cinq années, le gouvernement de Silvio Berlusconi appliqua sa politique économique et sociale avec détermination, sans laisser de place pour la négociation ou le compromis. Il en résulta pour ce gouvernement, en bonne logique, un soutien sans faille du socle dur de l’électorat qui l’avait porté au pouvoir. Et il en résulta, dans le même mouvement, un rejet progressif et de plus en plus marqué de la politique de ce gouvernement par tout ce qui n’était pas partie prenante de ce socle dur. La législature berlusconienne trouva donc son épilogue dans un combat électoral acharné et très serré entre, d’un côté, le socle dur de l’électorat de ce gouvernement, et de l’autre, une coalition hétéroclite allant du centre jusqu’à l’extrême-gauche. Une coalition arc-en-ciel, pour ne pas dire bordélique, qui n’avait pu voir le jour que grâce au rejet de la politique de Silvio Berlusconi en guise de puissant ciment unificateur. In fine, la victoire se joua aux points, et fut remportée par la coalition arc-en-ciel de Romano Prodi.

Déduisons-en un scénario « à l’italienne » pour le mandat de notre nouveau président.

Le gouvernement de Nicolas Sarkozy appliquera sa politique économique et sociale avec détermination, sans laisser de place pour la négociation ou le compromis. Il en résultera pour ce gouvernement, en bonne logique, un soutien sans faille du socle dur de l’électorat qui l’a porté ce soir au pouvoir. Et il en résultera, dans le même mouvement, un rejet progressif et de plus en plus marqué de la politique de ce gouvernement par tout ce qui n’est pas partie prenante de ce socle dur. Ainsi, dans cinq ans, la présidence sarkozienne trouvera son épilogue dans un combat électoral acharné et très serré entre, d’un côté, le socle dur de l’électorat de ce gouvernement, et de l’autre, une coalition hétéroclite allant du centre à l’extrême-gauche. Une coalition arc-en-ciel, pour ne pas dire bordélique, qui n’aura pu voir le jour que grâce au rejet de la politique de Nicolas Sarkozy en guise de puissant ciment unificateur.

Reste à savoir si le combat aux points sera alors remporté par le camp des sortants, ou par la coalition arc-en-ciel de rejet. Reste à savoir également qui reprendra, pour la version française de cette comedia dell'arte, le rôle tenu en Italie par Romano Prodi. 

Thomas Guénolé

Commentaires

Il me semble cependant qu'une différence majeure est à relever entre les deux hommes : l'ancrage territorial. En effet Berlusconi est avant tout le candidat d'une région ( qui certes représente la moitié du pays en terme de territoire et plus en terme économique ) alors que Sarkozy ne me semble pas issus d'une région particulière. Bien entendu certaines régions comme l'Alsace on voté de manière plus massive en sa faveur mais ce n'est pas sur base d'un discours basé sur l'exclusion d'une région spécifique de la nation comme le fut celui de Berlusconi ( qui a attiré à lui la ligue indépendantiste du Nord ).

En ce qui concerne Sarkozy son discours n'a pas repris les demandes des indépendantistes bretons ou corses ! Par contre son discours me semble plus pervers en ce qu'il n'incrimine pas une région mais une catégorie sociale, l'immigré des banlieues et qu'il le fait de manière assez subtile que pour obtenir un électorat conséquent dans ces mêmes banlieues. En fait sa stratégie de communication est telle que les cibles même de ses attaques l'ont en partie soutenu. C'est là quelque chose de fort différent me semble-t-il de la situation italienne !

Par ailleurs concernant le scénario pour dans 5 ans je constate que le bloc de toutes les tendances opposables à Sarkozy a été réalisé lors de ce second tour, avec des taux de participation remarquables et rarement atteints dans nos démocraties modernes même là où le vote est obligatoire. Il faudrait que Sarkozy aie un comportement fort extrême que pour amener suffisamment de ses électeurs de 2007 à le trahir en 2012, d'autant plus que la pyramide des âges que vous souligniez dans un précédent billet jouera en sa faveur !

Ecrit par : Bryaxis | 07 mai 2007

Bonjour,

connaissez-vous l'italie et les italiens? je ne pense pas car les situations sont trés différentes.

ce n'est pas 1 pays mais 2 (nord et sud)

l'état est pauvre (/ France), mais l'italien plus riche (/Français), seul grand pays sans centrale atomique mais un % beaucoup plus important que nous de propriètaire

un modèle économique qui est beaucoup libéral que le Français même avant SB, et avec un PC et PS qui ne sont pas les nôtres.

un SB qui était,peut être encore, un exemple de réussite pour tous ou presque

deux situations sans rapport

Ecrit par : LAURENT | 07 mai 2007

hello mister Guénolé ! trop content de decouvrir ton blog ! excellente planches, Plantu a du souci à se faire ;) je te mets de ce pas dans mes liens amis, n'hesite pas en faire de même : http://loric.blog.lemonde.fr
a jeudi j'espere
JC

Ecrit par : jean-christophe | 09 mai 2007

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