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26 avril 2007
Le PS fait culpabiliser, à défaut de rassembler
La bulle : Voter blanc, c’est voter Sarko.
Crever la bulle : La culpabilisation de l’électeur est devenue le recours systématique d’un PS en déliquescence, les bayrouistes n’y seront pas sensibles.
Depuis que les résultats du 1er tour sont connus, et plus encore depuis que François Bayrou a refusé de prendre parti pour Royal ou Sarkozy, les déclarations des éléphants et des militants du PS se multiplient sur le thème : « Votez blanc, c’est voter Sarko. » Associées à la diabolisation de Sarkozy, ces déclarations se réduisent à une vulgaire démarche de culpabilisation des électeurs : Votez blanc, c’est mal.
Ségolène Royal en a rajouté sur ce thème, frisant même le ridicule : « Ne vous abstenez pas, ne votez pas blanc, prenez vos responsabilités ! (…) Songez qu'à l'échelle de la planète, il y a des hommes et des femmes qui risquent leur vie pour avoir le droit de vote. »
Ce procédé n’est malheureusement pas nouveau et il est même devenu systématique.
En 2002, si Jospin n’est pas qualifié au 2nd tour de l’élection présidentielle, la faute en revient « bien évidemment » aux électeurs. Ils se sont abstenus, ils se sont dispersés, ils sont allés à la pêche, ils ont oublié leurs responsabilités de citoyens… A défaut de muer la défaite en victoire, cette culpabilisation de l’électeur permet d’éviter la remise en cause du parti socialiste.
En 2007, le PS achève au soir du 1er tour une campagne extrêmement violente. Une pression terrible a été exercée sur le citoyen. On lui a expliqué que s’il ne vote pas Royal, il « vote inutile ». Et que s’il vote Bayrou, « il tue la gauche » ! Cette pression a fonctionné une nouvelle fois et permis à Ségolène Royal de réaliser un score historique, en rassemblant toute l’extrême-gauche sur son nom.
Ce recours à la culpabilisation, à cet impératif moral, reflète une chose : l’impuissance des socialistes à susciter l’adhésion. La fragilité du consensus au sein du PS est trop grande et ne permet pas de proposer un projet visionnaire. Comme le souligne Jean Peyrelevade dans Les Echos, le PS est « divisé entre social-démocratie et gauche protestataire, entre économie de marché et étatisme, entre pro-européens et anti-mondialistes ». Alors, à défaut de rassembler par l’enthousiasme, le PS rassemble par défaut.
Aujourd’hui, c’est au tour des électeurs qui ont choisi Bayrou au 1er tour de subir cette offensive morale. Un peu partout sur les blogs, on voit fleurir les commentaires de type « Votez blanc, c’est voter Sarko. » ou « Le score de Bayrou a été obtenu avec les voix de la gauche, il doit nous soutenir. »
Je ne prendrai pas la peine de formaliser ici pourquoi de telles affirmations sont fausses. A chaque fois qu’une telle pression est exercée, les bayrouistes y répondent sans aucun problème.
Ce n’est pas un hasard si ces arguments ne portent pas.
Cela tient au fait que le vote centriste n’a pas été un vote « par défaut ». Le projet de François Bayrou a suscité l’enthousiasme et l’adhésion. Pour mettre un bulletin BAYROU dans l’urne, les électeurs ont été obligés d’affronter leur propre famille politique, d’affirmer leur choix sous la pression des deux grandes machines électorales UMP-PS. Après s’être affirmés ainsi, les électeurs bayrouistes ne sont plus sensibles aux « pressions morales » des militants PS. Bien au contraire, le vote blanc leur permet de continuer à affirmer leur indépendance et leur conviction.
La bulle : Voter blanc, c’est voter Sarko.
Crever la bulle : La culpabilisation de l’électeur est devenue le recours systématique d’un PS en déliquescence, les bayrouistes n’y seront pas sensibles.
Roméo Lucibello
12:15 Publié dans Billets d'humeur | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
Commentaires
J'ai parlé dans mon premier paragraphe de "diabolisation de Nicolas Sarkozy". Ce terme est celui d'un argumentaire UMP, qui circule largement, et qui dénonce "l'entreprise de diabolisation de Nicolas Sarkozy par le Parti Socialiste". Je voudrais m'en expliquer.
Je suis convaincu que Nicolas Sarkozy ne peut pas être un bon président de la république. Que s'il est élu le 6 mai prochain, le pays souffrira de son attitude arrogante et agressive, de sa façon de diviser le pays entre communautés opposées, de sa vision d'une France où règne la loi du plus fort.
Mais, quand on associe dans la même phrase Nicolas Sarkozy, G.W. Bush, Hitler, la guerre en Irak et les raffles du Vel' d'Hiv', on a bien affaire à une "entreprise de diabolisation".
A pousser les électeurs CONTRE Sarkozy (à défaut de les convaincre de voter POUR Royal), les socialistes ont prêté le flanc à un contre-argumentaire facile.
C'est à cela que je fais allusion dans mon premier paragraphe.
Ecrit par : Roméo | 26 avril 2007
La bulle : Voter blanc, c’est voter Sarko.
Crever la bulle : Voter blanc, c’est laisser carte blanche à Sarko.
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On ne va pas revenir là dessus, c'est suffisament bien expliqué et illustré comme ça : le PS a agi comme en 2002, c'est à dire avec un train de retard. Alors que la stratégie de Sarkozy indiquait clairement que Le Pen serait dépouillé de ses électeurs, et donc le scénario d'un 2nd tour Le Pen / Sarkozy était écarté, le PS a malgré tout préféré lancer une campagne agressive sur une gauche plus que jamais divisée.
Maintenant arrive le 2nd tour, où l'on entend le discour revanchard "on ne va pas baisser notre froc pour ces boulets de la gauche".
Bon soit, admettons que la gauche ne soit pas crédible...
Il ne faudrait toutefois pas se tromper de combat. On peut rester loyal envers Bayrou, sans pour autant tomber dans l'excès.
Car qu'on ne s'y trompe pas : la stratégie de Sarkozy sur l'UDF est infiniement plus agressive que celle du PS envers Bayrou. L'équipe du dirigeant UMP est mieux aguerrie que celle du PS pour contrer le futur Parti Démocrate.
Alors tant qu'à choisir un moindre mal, et éviter un romantisme qui ne se prête pas à la réalité d'un second tour, peut être faudrait-il éviter de laisser les mains libres à un candidat passé maître dans l'art du verrouillage.
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La bulle : Voter blanc, c’est voter Sarko.
Crever la bulle : Voter blanc, c’est laisser carte blanche à Sarko.
Ecrit par : POF | 26 avril 2007
Excellent billet !
Les électeurs du centre ont une conscience et une conscience politique élevée. C'est en conscience qu'ils se détermineront.
Personnellement je pense que la gauche (particulièrement le PS) porte une énorme responsabilité.
Faute de s'être recentré (si j'ose !), de s'être réformé, de s'être remis en question, il n'a que le choix, en 2002 comme en 2007 de faire peser la responsabilité d'une défaite annoncé sur les électeurs. Bravo. Ca rappelle Fabius et le sang contaminé (pas coupable).
En 2002, c'était la faute des électeurs, de Taubira, de Chevènement si la gauche n'était pas au 2 tour. En 2007 ce sera la faute aux électeurs centristes ? On rigole, les amis !
Après le "je suis tombé par terre" de Gavroche, on assiste au :
"Je suis tombé bien bas,
La faute à Taubira,
J'ai le nez dans la boue
C'est la faute à Bayrou"
Je ne crois pas que ce soit la meilleure manière de sensibiliser l'électorat centriste. Ni, hélas, de redonner à la France une gauche capable de faire rêver (c'est son rôle).
Cordialement !
Ecrit par : Mocha-ze-centrist-coffeecat | 26 avril 2007
pourquoi tant d'animosité alors que Bayrou veut rassembler ???
précision : l'abstention ou le vote nul profite à celui qui a été en tête du premier tour
ce n'est pas un acte politique anodin. C'est un positionnement. C'est pourquoi F.Bayrou a dit qu'il voterait et il a sous entendu pour qui
infos : http://poly-tics.over-blog.com/
Ecrit par : jps | 26 avril 2007
Thomas,
Je voterai Ségo car Sarko veut faire disparaître l'UDF, ou le PD (Pas de proportionnelle, intimidation des élus UDF, etc.).
En plus cet homme me fait peur en montant les Français les uns contre les autres : banlieue/province, travailleurs/chômeurs, musulmans/ktos, suicidéres/bien-portants, etc.
Au moins avec Ségo nous avons une chance d'exister et d'influer sur sa politique, et je n'oublie pas qu'il y a DSK derrière.
Ecrit par : esnolle | 26 avril 2007
Excuse moi Roméo j'ai été un peu vite sur la signature de ton article
Pascal
Ecrit par : esnolle | 26 avril 2007
Moi qui hésitait encore hier à donner ma voix pour tel ou tel candidat, je voterais finalement pour Ségolène Royal, mais ce ne sera pas un vote d'adhésion, plutôt un vote par défaut contre Nicolas Sarkozy. Je sais pertinemment que c'est un vote « contre », et je l'assume. En tant que membre de la communauté du Libre et fervent défenseur des libertés numériques, je n'ai pas oublié l'attitude de Sarkozy au moment du DADVSI, ni même ses positions sur les mesures techniques de protection, à savoir « qu'il porterait un intérêt particulier à l'efficacité des mesures de protection et de répression », et qu'il promet « des contrôles automatiques des réseaux » s'il est élu.
De plus, il soutient un projet « big brother », qui imposerait aux fournisseurs d'accès Internet et autres opérateurs téléphoniques de conserver pendant un an, à leurs frais, toutes les coordonnées et traces invisibles que laissent les utilisateurs lors d'un abonnement téléphonique ou à Internet, lors de leurs déplacements avec un téléphone allumé, lors de chaque appel ou de chaque connexion à Internet, de chaque diffusion ou consultation sur le Web d'un article, d'une photo, d'une vidéo, ou lors de chaque contribution à un blog. Devraient également être conservés les mots de passe, "pseudos", codes d'accès confidentiels et autres identifiants, numéros de carte bancaire, détails de paiement, numéros de téléphone, adresses e-mail, adresses postales, le numéro de l'ordinateur ou du téléphone utilisé, le moyen d'accès à un réseau, les date et heure d'appel, de connexion et de chacune de leurs consultations ou contributions sur un site Internet.
Et comme je n'ai pas envie que l'Etat soit informé, sur simple demande, des sites/blogs que je fréquente, des commentaires que je suis susceptible de déposer, des numéros que j'appelle, etc. Donc le choix se porte sur le candidat qui peut empêcher la mise en place d'un tel dispositif... J'aurais préféré que ce soit Bayrou, mais les français en ont décidé autrement...
Ecrit par : Damien | 27 avril 2007
juste une remarque : pour que le président puisse exercer un réel pouvoir il lui faut une majorité à l'assemblée, et cela n'est pas évident ni pour SR ni pour NS, non?
Ecrit par : LAURENT | 27 avril 2007
Voici un billet qui fait du bien !!! Et vivement, le troisième tour : les législatives.
Ecrit par : WK | 29 avril 2007
Ariane Mnouchkine réussit l'exploit d'expliquer ce que je ressents confusément depuis dimanche concernant le vote orange (ou blanc suivant les goûts) C'est superbe! Vous en pensez quoi?LE VOICI:
ALLEZ VOUS VRAIMENT FAIRE CA?
Alors, vous allez vraiment faire ça ?
Vous les plus purs que d’autres, les plus intelligents que d’autres, vous
les plus subtils, vous les cohérents, vous les fins stratèges, vous allez faire ça ? Vous, les à qui on ne la fait plus, les durs à cuir,vous allez vraiment, en ne votant pas pour elle, voter pour lui?
Vous allez vraiment faire ça ? Vous allez le faire ?
Vous,les vrais de vrais de la gauche vraie, vous allez faire ça ? Pour cinq
ans ! Pour cinq ans, peut-être dix, vous allez faire ça ?
Vous, les toujours déçus de tout, vous les amers, les indécis décidés, les lave plus blancs que blanc vous allez faire ça ?
Mais pourquoi ? Parce que quoi ? Parce que jupe ? Parce que talons hauts?
Parce que voix ? Parce que sourire, cheveux, boucles d’oreilles? Parce
que vraie ?Il n’y a rien qui vous aille dans son programme à elle,
rien ? Pas cinquante propositions sur les cent ? Pas vingt ? Pas dix ?
Pas une ? Vraiment, rien du tout ? Trop de quoi ? Pas assez de quoi?
Pas assez à gauche ? On voudrait, quitte à tout perdre, une campagne à gauche toute ?
Mais même l’extrême gauche, cette fois-ci, au deuxième tour ne joue plus à ce jeu-là. Peu importe, vous, vous allez y jouer ?
Le résultat du 21 avril 2002 ne suffit pas ? Non. On le refait en 2007,
mais en mieux. Pas au premier tour, non, carrément au deuxième. C’est
plus chic.
Que ceux qui ressemblent à Nicolas Sarkozy, ou qui croient qu’il
leur ressemble, que ceux-là votent pour lui, quoi de plus normal. Que
ceux qui lui font sincèrement confiance pour améliorer leurs dures
vies, que ceux-là l’acclament et votent pour lui, quoi de plus normal.
C’est même estimable.
Que les grands patrons votent Nicolas Sarkozy,pas tous d’ailleurs, loin s’en faut, non, mais par exemple les grands patrons de presse, qu’on a vu si nombreux, si heureux, à Bercy dimanche, qu’ils votent pour leur copain, qui va vraiment améliorer leurs belles vies, c’est moins estimable, mais quoi de plus normal?
Mais vous, une respiration possible, un air nouveau, un espace de
travail politique, une chance espiègle, ça ne vous dit rien ? Vraiment
rien? Mais qu’est-ce qui vous fait si peur ?
Les Italiens ont enfin chassé Berlusconi, les Espagnols, après une grande douleur révélatrice, se sont débarrassés d’Aznar, et voilà que nous, à quelques milliers de voix près, nous allons repasser le plat de la droite dure ?
Il y a un pari à prendre contre une certitude sombre, et vous ne pariez pas?
Quels désirs obscurs allez-vous satisfaire ? De qui donc, de quoi êtes-vous
secrètement solidaires. Ce ne peut-être que du bien de ceux qui ont
besoin, vitalement, de mieux être. Vitalement. Maintenant.
Supporterez-vous dimanche soir d’apprendre qu’il a manqué une voix ? Une seule. La vôtre.
Je vous en supplie.
• Ariane Mnouchkine •
son blog: http://mnouchkine.blogs.liberation.fr/
Ecrit par : grabouy | 04 mai 2007




