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04 avril 2007

Gauche-droite : un clivage sous perfusion.

La bulle : « A mesure que la date du premier tour se rapproche, le clivage gauche-droite reprend ses droits. »

 

Crever la bulle : Le clivage gauche-droite est un clivage artificiel, et qui survit sous perfusion. Le véritable clivage est entre le camp de l’ouverture et celui de la protection.

 

 

Depuis quelques jours, les candidats de l’UMP et du PS s’efforcent par un jeu de ping-pong de réinstaurer dans cette campagne de premier tour un clivage bloc contre bloc, droite contre gauche. Ils l’ont tenté sur le thème du patriotisme, et le tentent dans une moindre mesure sur le thème de la sécurité.

 

Très logiquement, le fait qu’ils éprouvent tous deux des difficultés à mettre en scène un tel affrontement bloc contre bloc montre que ce clivage ne correspond plus à la réalité politique du pays. Il n’est pas question ici d’en déduire qu’il n’existe plus de clivages politiques dans notre pays, puisque par définition toute société démocratique est traversée par de grands courants d’opinions qui divergent les uns des autres. En revanche, il serait intéressant de chercher quel nouveau clivage a remplacé le clivage droite-gauche.

 

Or, par un heureux hasard, nous avons justement vécu très récemment en France un affrontement politique bloc contre bloc, affrontement que les citoyens ont arbitré dans les urnes. C’était en mai 2005, lors du référendum sur la Constitution européenne, et ce combat opposait la France du Oui à la France du Non. Ces deux camps trouvaient chacun sa cohérence idéologique dans la réponse apportée au contexte de la mondialisation, thème central de la campagne. Nous trouvions, d’un côté, la France du Oui, qui acceptait de se projeter dans la compétition mondialisée, et de l’autre, la France du Non, qui le refusait. Plus largement, l’on a vu alors s’opposer un camp qui donnait la priorité à l’ouverture, que ce soit celle des frontières ou celle des marchés, et un camp qui donnait la priorité à la protection, que ce soit celle des travailleurs ou celle de l’identité nationale. Ce clivage ouverture-protection, à l’inverse du clivage gauche-droite, correspondait à un réel affrontement bloc contre bloc.

 

Il est d’ailleurs instructif de constater que parmi les principaux courants politiques français actuels, les seuls à ne pas connaître de lourdes tensions internes sont ceux qui ont fait un choix clair entre le camp de l’ouverture et celui de la protection. Dans le camp de l’ouverture, l’UDF ne connaît pas de tensions internes, et d’être seule sur ce positionnement très clair a ouvert un boulevard à son candidat. Dans le camp de la protection, le FN et l’extrême-gauche ne connaissent pas non plus de tensions internes, ayant clairement choisi leur réponse à la mondialisation. En revanche, l’UMP et le PS, pour n’avoir toujours pas apporté de réponse nette, sont de facto traversés de tensions internes : le PS est toujours déchiré entre sociaux-démocrates et socialistes, tandis que l’UMP ne trouve de cohérence interne entre ses clans que dans le suivisme autour de l’homme providentiel (grande tradition de la droite pour surmonter ses dissensions internes).

 

Parce qu’en son sein le choix entre ouverture et protection a déjà été fait, une défaite du candidat de l’UDF à l’élection présidentielle ne provoquerait pas l’éclatement d’une crise interne post-électorale. Même chose pour le FN. En revanche, faute de choix net entre ouverture et protection à l’UMP, une défaite de son candidat déclencherait une crise interne post-électorale dans ce parti. Même chose pour le PS.

 

 

La bulle : « A mesure que la date du premier tour se rapproche, le clivage gauche-droite reprend ses droits. »

 

Crever la bulle : Le clivage gauche-droite est un clivage artificiel, et qui survit sous perfusion. Le véritable clivage est entre le camp de l’ouverture et celui de la protection.

 

 

Thomas Guénolé

 

Commentaires

1) Confondre le rapport à la mondialisation et le rapport à l'Europe me semble discutable.
2) C'est, bien sûr, l'un des clivages importants. Cependant, ce n'est pas le seul, et il faudrait à mon avis parler de plusieurs clivages d'une autre nature traversant tous le PS et l'UMP.
3) Le clivage de fond à l'intérieur du PS ou de l'UMP, à mon avis, n'est pas tant le rapport à la mondialisation mais le choix du modèle socio-économique, plus profond encore et qui ne se superpose pas à lui. Plus que cela encore, il y a plusieurs clivages dans le même parti. Exemple : à l'UMP, Sarkozy est ultralibéral, mais autoritaire et conservateur au plan des moeurs, ces deux courants étant contradictoires et opposés tous deux au courant social-libéral et européen et à un reste de gaullisme plus ou moins souverainiste... Eviter donc la simplification, choisir un thème principal de clivage revenant à réduire trop.
4) J'irais plus loin: dans certains cas, il n'y a pas clivage mais évolution graduelle; par exemple entre les très socialistes de l'extrême gauche et les ultra-libéraux, il y a quasi continuité dans l'évolution des modèles de société sans clivage définitivement fixé, tout est graduel d'un courant politique à l'autre. En fait, ce qui rend le parti socialiste fortement clivé sur ce point, c'est que l'on cherche à y faire coexister des courants bien plus à droite qu'au centre sur ce thème et des courants très à gauche: l'extension est source de fractures, le courant social-démocrate n'étant pas au PS en totalité, le courant socialiste non plus, les intermédiaires en partie dans d'autres partis également... Bref, il n'y a plus cohérence entre l'étiquette et un certain ensemble de courants d'idées, donc plus d'unité.

Ecrit par : Cratyle | 04 avril 2007

Cher Cratyle,

Point par point :


1) Il n'est pas question de confondre, dans l'absolu et sous tous les angles, le rapport à la mondialisation et le rapport à l'Europe. Ce que j'écris, c'est que la campagne référendaire de 2005 a eu en France le rapport à la mondialisation comme thème central. C'est à cette occasion qu'a été entérinée de facto la mort du clivage gauche-droite, et le passage au clivage ouverture-protection.

2) Je suis d'accord avec toi pour affirmer qu'il existe d'autres lignes de fracture que le clivage ouverture-protection, tout comme c'était le cas à l'époque du clivage gauche-droite. Cependant, définir un clivage principal implique de définir un thème central, autour duquel se forment deux grands camps. Or, c'est justement le référendum de 2005, avec tout ce qu'il a suscité de chocs et de passions, qui nous donne ce thème central : le thème de la mondialisation, matrice du clivage ouverture-protection.

3) Le choix du modèle socio-économique est de l'ordre des moyens, et découle directement de la finalité que servent les moyens. Or, la finalité que servent les moyens, c'est me semble-t-il de répondre au contexte d'économie mondialisée. Le choix d'un modèle socio-économique découlera donc de la façon dont on se positionne dans le clivage ouverture-fermeture.

4) Je suis d'accord avec toi pour affirmer que sur de nombreux thèmes, il peut n'y avoir qu'une évolution graduelle au lieu d'un clivage très net. Mais de fait, ceci implique logiquement que seules les divergences très fortes permettent de définir un clivage pertinent. Or, le clivage le plus fort récemment constaté en France, en 2005, opposait radicalement l'ouverture à la protection.


En définitive, donc, il n'est pas question de considérer que le clivage ouverture-protection est le seul qui existe. En revanche, je crois, au vu des récentes évolutions politiques du pays, que c'est le clivage le plus pertinent pour définir le positionnement des grands courants politiques en France.

Thomas Guénolé

Ecrit par : Thomas Guénolé | 05 avril 2007

En parlant de clivage gauche -droite, il est intéressant de remarquer le jeu de petites piques et de petites phrases auxquels jouent depuis quelques semaines le couple Royal Sarkozy. A priori sans intérêt, ces dernières ont comme résultat d'accaparer l'intérêt des médias et de créér un dialogue et un débat quasi exclusif (même si il tourne trop peu ou même pas du tout sur les idées) entre les deux partis traditionnels, marginalisant ainsi les autres concurrents comme Bayrou.

Sinon, pour parler de l'actualité récente, la sortie de Le Pen à Argenteuil est effarante. On le voit entouré de 100aine de journaliste mais aucun habitants de la cité autour de lui. Un coup médiatique certainement mais on est loin du coup politique. On se croirait plus au cirque qu'autre chose.

Ecrit par : nicolas | 07 avril 2007

Mais pourquoi voulez-vous reconstituer deux nouveaux camps??? Ce n'est pas suffisamment absurde comme ça avec les deux camps prédéfinis aujourd'hui? Vous voulez donc recommencer avec un nouveau clivage alors que l'erreur est d'accepter qu'il y ait un clivage définissant deux camps?
J'estime qu'aujourd'hui, il y a cinq à sept camps vraiment distincts. Et l'on peut regarder de plus près.
La position sur le libéralisme est à mon avis fondamentale, et pourtant il y a continuité. Qu'il y ait continuité ne la rend pas moins fondamentale. Pourquoi vouloir un fossé et une frontière?
["Le thème a été la mondialisation en 2005" est déjà un raccourci discutable, d'ailleurs.]

Ecrit par : Cratyle | 09 avril 2007

Ben Cratyle, pourquoi tu t'énerves ? ;-)

TG

Ecrit par : Thomas Guénolé | 09 avril 2007

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