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20 mars 2007

Les médias se sont trouvés une nouvelle péripétie pour la campagne : la crise du PS

La bulle : le PS est en difficulté, la montée de Bayrou dans les sondages sème la panique chez les éléphants.

Crever la bulle : le PS est bien en crise depuis 2002, mais la mise en scène de la crise du PS sert surtout à pimenter la campagne présidentielle.

 

Depuis quelques jours, un nouveau personnage est apparu dans la campagne présidentielle. Il ne s’agit pas d’un 13ème candidat, ni d’une personnalité annonçant son ralliement surprise. Non, ce personnage s’appelle : « le parti socialiste en crise ».

Vous constaterez vous-même comme se multiplient les titres dramatiques.
« "Une journée en enfer" pour DSK à Charleville » (Le Monde)
« Ségolène Royal craint un nouveau 21 avril » (Le Figaro)
« Hollande : le PS "sera dans l'opposition" si Bayrou gagne. » (Le Nouvel Obs)

Dans tout bon divertissement, chaque personnage doit être aisément identifié par le public. Le PS est donc actuellement réduit à quelques éléments clés. J’en vois quatre.

1. Les capitaines du navire

Premier élément clé : le « PS en crise » est dirigé par des personnalités qui réfutent les problèmes.
Ce ne sont pas les propositions socialistes, mais les déclarations rassurantes qui sont mises en avant. On trouve ainsi dans les gros titres :
François Hollande déclare : « Il n'y aura aucun socialiste chez François Bayrou ».
Pierre Mauroy : « Ségolène Royal nous conduira à la victoire. Malgré les épreuves qu'elle traverse, elle conserve un calme olympien. »

Ce premier élément sert généralement d’introduction : les capitaines du navire PS jurent la main sur le cœur que le Titanic est insubmersible.

2. L’iceberg

Après avoir cité les propos rassurants des « éléphants », on présente alors les dernières données inquiétantes : un sondage en baisse, l’électorat des professeurs qui prend ses distances, les hésitations sur la stratégie anti-Bayrou à mener, le livre assassin de Besson, etc…
Ces données sèment le doute. Désormais le drame est lancé : l’iceberg a percé la coque.

3. Une pointe de panique

Dans ce navire PS qui prend l’eau, il suffit alors de placer une atmosphère de panique pour obtenir un tableau saisissant.

Pour cela, les sentiments de chaque socialiste sont largement décrits. On cite la perte de confiance de l’un ou le pessimisme de l’autre. Mais, suspense oblige, on cite aussi l’héroïsme d’un troisième, qui veut « redresser la barre » malgré la tempête !
L’agitation et le désordre entretiennent aussi une atmosphère de panique. La moindre désorganisation, le plus léger désaccord sont donc soigneusement repris. Et lorsque les éléphants n’affichent aucun désaccord, leur « manque d’enthousiasme » est malgré tout souligné…

4. Le méchant loup

Ce tableau terrifiant est complété naturellement par l’image du corsaire chargeant sabre au clair. Bayrou devient alors « l’homme qui vide le PS de ses électeurs » (alors qu’il séduit autant d’électeurs de droite que de gauche). Les termes les plus vigoureux sont utilisés pour décrire l’UDF, qui devient l’« extrême centre » pour l’occasion.

Bien entendu, ce tableau n’est pas dénué de tout réalisme. Le PS est réellement confronté à ses contradictions ; ses tensions internes sont étouffées de plus en plus péniblement depuis l’échec de Jospin à la présidentielle de 2002. Le projet de Bayrou séduit donc naturellement des électeurs « traditionnellement de gauche ».

Simplement, les médias tendent actuellement à gommer les éléments positifs pour dramatiser le spectacle de la campagne. C’est une caricature du Titanic qui est jouée sur nos écrans, non une analyse ni même une description réaliste.


Une période pénible et douloureuse s’ouvre donc pour les militants socialistes, dont on peut sentir le désarroi et la colère. Ils se retrouvent figurants d’un drame qui se joue malgré eux. Chaque jour durant lequel le « Titanic » est projeté dans les journaux apporte doute et angoisse dans les rangs socialistes. Et cela fournit un lot d’images désespérantes et de déclarations héroïques pour le lendemain.

Ce personnage médiatique est extrêmement malsain et il peut devenir le principal problème du PS. Reconstruire un personnage positif à « vendre » aux médias ne sera en effet pas chose aisée.

La bulle : le PS est en difficulté, la montée de Bayrou dans les sondages sème la panique chez les éléphants.

Crever la bulle : le PS est bien en crise depuis 2002, mais la mise en scène de la crise du PS sert surtout à pimenter la campagne présidentielle.

Roméo Lucibello

 

Commentaires

Encore un excellent article, bravo !

Ecrit par : Ali Baba | 26 mars 2007

"Le PS est un Titanic dont les capitaines affirment qu'il est insubmersible."

C'est décidément une image que le PS entretient sans le vouloir. Car depuis peu, l'orchestre du Titanic joue "La Marseillaise"... :)

Ecrit par : Roméo | 28 mars 2007

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