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14 mars 2007

Bayrou et Royal à égalité : si oui, alors Sarkozy aussi !

La bulle : « Bayrou à égalité avec Royal, Sarkozy reste en tête. »

Crever la bulle : Les limites des sondages rendent impossible ce genre d’analyse, et les faire est donc une tromperie.

 

Les 8 et 9 mars, l’Ifop Fiducial a effectué pour le Journal du Dimanche un sondage auprès d’un échantillon représentatif de 881 personnes. D’après ce sondage, François Bayrou recueillerait 23% des suffrages, en progression de 4 points par rapport au précédent sondage TNS Sofres. Le candidat de l’UDF serait ainsi à égalité avec Ségolène Royal, en baisse de 5 points. Nicolas Sarkozy resterait stable à 28% des voix, tandis que Jean-Marie Le Pen atteindrait 13% des voix, en progression de 1.5 point.


Prenons à présent l’exemple du sondage TNS Sofres effectué les 7 et 8 mars pour le Figaro, LCI et RTL, auprès d’un échantillon représentatif de 1000 personnes. Selon ce sondage, François Bayrou se situerait à 23% des voix, en progression de 4,5 points. Ségolène Royal recueillerait 25.5% des voix, restant stable, et Nicolas Sarkozy perdrait 4 points. Quant à Jean-Marie Le Pen, il resterait stable à 12% des voix.


Au fil de cette campagne présidentielle, l’essentiel des commentaires et analyses diffusés dans les médias sont consacrés à l’évolution des sondages : qui monte, qui baisse, et surtout comment évolue le classement des candidats. Puis viennent dans ces mêmes commentaires les explications du pourquoi de ces évolutions.


Or, si l’on reprend les deux sondages cités plus haut, les enseignements que l’on tirera ne seront pas les mêmes selon celui que l’on choisit. Dans le premier cas, l’information principale sera que François Bayrou et Ségolène Royal sont à égalité, avec pour corollaire que le candidat du PS puisse à nouveau être absent du second tour. Dans le second cas, l’information principale sera que la poussée de François Bayrou se confirme, sans aller jusqu’à remettre en cause le classement des candidats.


Les écarts des résultats d’un sondage à l’autre pourraient donc suffire à relativiser la portée des analyses développées dans les médias au sujet des intentions de vote de premier tour. Mais à cela vient s’ajouter un élément peu mis en avant : les sondages d’intentions de vote intègrent une marge d’erreur de plus ou moins 4 points. Par exemple, quand un sondage donne « Nicolas Sarkozy 28%, » il faut en fait lire « Nicolas Sarkozy entre 24 et 32% ».


En utilisant les bornes inférieure et supérieure du score potentiel de chaque candidat, à partir des résultats des deux sondages cités plus haut, on apprend donc que les bornes des trois candidats en tête se croisent. Par exemple, si l’on se base sur le sondage Ifop Fiducial, Bayrou est entre 19 et 27, Royal est entre 19 et 27, et Sarkozy est entre 24 et 32. Logiquement, les scores potentiels des trois candidats en tête font donc déjà jeu égal.


Les écarts des résultats d’un sondage à l’autre et la marge d’erreur de plus ou moins 4 points pourraient suffire à relativiser la portée des analyses développées dans les médias au sujet des intentions de vote de premier tour. Mais à cela vient s’ajouter un nouvel élément : actuellement, lors des sondages effectués sur des échantillons représentatifs, les résultats donnent un électeur sur deux n’ayant pas encore fait son choix. En reprenant l’exemple du sondage Ifop Fiducial, il faut donc lire non pas « Bayrou 23 - Royal 23 - Sarkozy 28 », mais « Pas encore de choix 50 – Bayrou 11.5 – Royal 11.5 – Sarkozy 14. »


Les écarts des résultats d’un sondage à l’autre, la marge d’erreur de plus ou moins 4 points, et le fait qu’un électeur sur deux n’ait pas fait son choix, pourraient suffire à relativiser la portée des analyses développées dans les médias au sujet des intentions de vote de premier tour. Mais à cela vient s’ajouter un élément qui achève d’ôter toute portée aux commentaires et analyses appuyés sur les sondages : l’inconnue Le Pen. En effet, les instituts de sondage admettent que le score obtenu spontanément dans leurs sondages pour Jean-Marie Le Pen sont ridiculement faibles. Les instituts de sondage réévaluent donc « à la main » les intentions de vote du candidat du FN, en fonction des résultats qu’il a obtenus aux précédentes présidentielles. Ce qui ressemble tout de même furieusement à une estimation au doigt mouillé.


Que les médias rappellent régulièrement, 21 avril aidant, que les sondages ne sont que des « photographies instantanées de l’opinion », et pas des prédictions, est tout à leur honneur. Il n’en demeure pas moins qu’au vu de toutes les limites que nous venons de rappeler, les sondages ne sont même pas ces photographies instantanées de l’opinion. Ou alors des photographies tellement floues qu’elles empêchent de les commenter de façon pertinente.


C’est pourtant ce qui est fait allègrement dans les commentaires et analyses consacrés à la campagne présidentielle, et ce qui les amène à établir un classement abusif des candidats à la fonction suprême.

 

La bulle : « Bayrou à égalité avec Royal, Sarkozy reste en tête. »

Crever la bulle : Les limites des sondages rendent impossible ce genre d’analyse, et les faire est donc une tromperie.


Thomas Guénolé

Commentaires

Et bien !

Quelle brillante analyse ! Effectivement, connaissant les incertitudes liées à ce genre de sondage, les commentaires des médias sur la baisse ou la hausse de tel ou tel candidat ne sont que poudre aux yeux !

Quel plaisir de voir que ton esprit a encore un côté scientifique !

;-)

Ecrit par : Nirgal | 14 mars 2007

Comme quoi, mon cas de littéraire absolu n'était pas désespéré. ;-)

Sinon, pour info, le biais d'analyse continue : dans une brève yahoo toute récente, "François Bayrou recule de trois points à 21%, selon un sondage CSA." Parallèlement, Sarkozy et Royal y sont donnés respectivement à 27 et 26%.

Les commentaires médiatiques parleront probablement de baisse du candidat "classé 3e", alors qu'en tenant compte de la marge d'erreur, Sarkozy, Royal et Bayrou restent bien à égalité.

Ecrit par : Thomas Guénolé | 15 mars 2007

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