« « J’ai une question à vous poser » : le remède critiquable à un mal qu’on ne critique pas. | Page d'accueil | Ils sont candidats. »
12 mars 2007
« Combien ça coûte ? » : le faux débat du chiffrage des programmes.
Crever la bulle : Les chiffrages des programmes électoraux sont des estimations à la louche, et qui ne sont des indicateurs de rien.
Le mois de février aura été marqué par de violentes attaques croisées entre les candidats à la présidentielle, sur le thème du coût de leurs programmes électoraux respectifs. Ce long débat aura constitué un immense gaspillage de salive et d’encre, pour plusieurs raisons très simples.
Premièrement, la qualité intrinsèque d’un programme électoral ne se juge pas à son coût global. Tout dépend de la façon dont l’argent est réparti et de ce à quoi il sert. Par exemple, dépenser pour investir n’a pas la même signification économique que dépenser pour financer ce qui existe déjà.
Deuxièmement, un programme électoral n’est pas plus responsable qu’un autre parce qu’il coûte moins cher. Là aussi, tout dépend de ce à quoi sert l’argent dépensé. Par exemple, un budget au coût relativement faible mais mal utilisé sera moins utile au pays qu’un budget au coût relativement élevé mais bien utilisé.
Troisièmement, il est de toute façon techniquement impossible d’évaluer avec précision le coût d’un programme électoral. En effet, les programmes électoraux des quatre principaux candidats incluent tous des mesures dont le coût n’est chiffrable que très approximativement. La somme finale du « coût » de chaque programme électoral peut donc être raisonnablement qualifiée d’estimation à la louche.
En définitive, le chiffrage des programmes électoraux, généralement par les candidats eux-mêmes, ne permet qu’une seule chose : montrer, par le montant des dépenses qu’il promet, à quel point chaque candidat juge prioritaire la réduction de la dette nationale. En ce sens, il n’est donc pas surprenant que la seule conséquence concrète de ce faux débat ait été de faire de François Bayrou le seul candidat jugé crédible par l’opinion publique sur les questions budgétaires.
La bulle : « Les chiffrages des programmes électoraux sont des indicateurs de la crédibilité des candidats. »
Crever la bulle : Les chiffrages des programmes électoraux sont des estimations à la louche, et qui ne sont des indicateurs de rien.
Thomas Guénolé
12:00 Publié dans Billets d'humeur | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
Commentaires
Vous dîtes "La qualité intrinsèque d’un programme électoral ne se juge pas à son coût global. Tout dépend de la façon dont l’argent est réparti et de ce à quoi il sert."
Quand on voit le programme électoral de Sarkolène, leur budget est-il judicieusement réparti ?
Ecrit par : FRI | 13 mars 2007
Dire que le budget d'un candidat est judicieusement réparti, et que celui d'un autre ne le serait pas, supposerait qu'il n'existe qu'une seule bonne manière de répartir le budget : celle qui est "judicieuse," par oppositions aux autres qui ne le sont pas.
Sur la façon de répartir le budget, donc, nous ne pouvons juger les programmes des candidats qu'en fonction des priorités que cela montre chez eux ; et donc, les juger par rapport à nos propres convictions politiques.
Par exemple, à titre personnel je trouve judicieux que la répartition du budget donne la priorité à l'éducation et à la recherche, mais quelqu'un d'autre trouvera judicieux que la répartition du budget donne la priorité à la lutte contre l'exclusion.
En revanche, il est possible de dire de façon à peu près objective si un budget est judicieusement équilibré, entre recettes et dépenses, et là, sans que cela dépende de nos convictions politiques. Dans ce sens-là, le budget de Nicolas Sarkozy semble déséquilibré par l'ampleur des baisses d'impôts et de charges par rapport aux dépenses, tandis que le budget de Ségolène Royal paraît déséquilibré par des hausses de dépenses publiques n'étant pas compensées par des hausses suffisantes des recettes.
Thomas Guénolé
Ecrit par : Thomas Guénolé | 14 mars 2007
Effectivement on ne juge pas de la validité d'un candidat par le coût de son programme.
Mais j'ai cru entendre que le programme d'un certain candidat altermondialiste dépassait allégrement les 100 milliards d'euros, et pour moi c'est une raison suffisante pour ne même pas l écouter plus avant!
Cependant, diverses estimations ont été données par des bureaux d'études indépendants, peut-on également parler d'erreurs de chiffrage ?
Et au fait, quelles sont les incertitudes liées au chiffrage des programmes ? ;-)
Et arrête d'être aussi partisan... NEUTRALITE !
Ecrit par : Nirgal | 14 mars 2007
Absolument ! GroZ Bulles n'est absolument pas NEUTRE et ses auteurs sont clairement engagés en faveur de François Bayrou. Mais on peut être engagé et intellectuellement honnête.
Pour les "erreurs de chiffrage" : tu ne liras pas cette expression sous notre plume. En fait, il est simplement matériellement impossible de chiffrer précisément un programme.
Cela tient à plusieurs raisons :
1. Un candidat ne présente pas un décret d'application mais une simple promesse électorale.
Or la date et les modalités d'application concrète font changer le coût du tout au tout.
Exemple : le SMIC à 1500€ en 2008 ou en 2012 ?
2. Les effets de toute loi sont très difficiles à chiffrer, même une fois qu'elle est entrée en application.
En effet, il faudrait pouvoir comparer, en même temps, la situation avec et sans la loi. C'est bien sûr impossible et donc le chiffrage va mélanger des éléments liés à la loi et d'autres liés à des facteurs extérieurs.
3. Toute action publique provoque des réactions en chaînes, extrêmement difficiles à prévoir.
Pensons par exemple au débat habituel sur l'interim : les uns disent que la flexibilité augmente la productivité des entreprises (effet direct immédiat), les autres soulignent que l'insécurité de l'emploi diminue à la longue la motivation des employés et donc la productivité (effet indirect).
Pour terminer, je citerai l'exemple des 35h, dont j'ai tenté de me faire une idée objective. Après un rapport parlementaire très fouillé, des comités d'experts en pagaille, des évaluations par les chambres de commerces, l'opinion actuelle est, je cite : "les effets macro-économiques sont difficiles à évaluer".
Peut-être que le rapport parlementaire de 2007 sur le sujet est plus précis (je ne l'ai pas encore lu), mais 7 ans après, le débat sur le chiffrage des 35h n'est toujours pas refermé.
Tu imagines la précision du chiffrage des programmes.
Ecrit par : Roméo Lucibello | 15 mars 2007
Sur ce sujet, je renvoie aussi à l'article de Jean-Paul Fitoussi, économiste très libéral mais bon technicien :
http://www.lexpress.fr/info/france/elysee_2007/actu.asp?id=9251
J'avais en effet oublié l'élément majeur : le programme du (de la) gagnant(e) sera réalisé dans une conjoncture économique encore inconnue. Or c'est une donnée essentielle.
Selon que l'on est en forte croissance ou en récession, toute l'économie se modifie !
Ecrit par : Roméo | 18 mars 2007




