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11 mars 2007
L’appartement de Nicolas Sarkozy et la résidence secondaire de Ségolène Royal : les électeurs s’en foutent.
Crever la bulle : Ces affaires ne choquent pas la morale publique, donc leur impact dans les urnes sera marginal.
Mercredi dernier, le Canard Enchaîné affirmait que comme maire de Neuilly, Nicolas Sarkozy aurait acheté dans cette ville un appartement à un prix sous-évalué. Par la suite, une entreprise locale ayant décroché des contrats publics à Neuilly y aurait effectué des travaux sous-facturés. Enfin, Nicolas Sarkozy aurait revendu cet appartement, ainsi retapé à neuf, en empochant une confortable plus-value.
Ce mercredi, le Canard Enchaîné, toujours, affirmait que Ségolène Royal et François Hollande auraient délibérément sous-évalué la valeur de leur résidence secondaire de Mougins. Ce procédé leur aurait permis de payer un ISF inférieur à celui qu’ils devraient réellement payer.
Ces « affaires » sont censées, de l’avis général exprimé ici et là dans les médias, déstabiliser les candidats de l’UMP et du PS. C’est oublier que sur ce thème, comme sur d’autres, les électeurs ont développé un seuil de tolérance.
Des caisses noires du dossier Urba aux emplois fictifs de la mairie de Paris, en passant par l’affaire Elf ou le dossier des frégates de Taiwan, les électeurs ont eu le temps de s’habituer aux « affaires. » Ils savent qu’il y en a, et ils savent que les hommes politiques se servent de ces « affaires » les uns contre les autres en les rendant publiques.
Les électeurs ont donc développé, au fil des années, un seuil de tolérance vis-à-vis des « affaires. » Le critère principal de ce seuil de tolérance n’est pas le respect de la loi : le critère principal de ce seuil de tolérance, c’est la morale publique, autrement dit les règles morales qui font consensus dans l’opinion publique. En dessous de ce seuil de tolérance, une « affaire » n’a qu’un impact marginal sur la popularité de l’homme politique impliqué. Au-dessus, en revanche, le lynchage est difficilement évitable.
C’est ce qui explique que, par exemple, Hervé Gaymard ait été médiatiquement crucifié sans avoir violé aucune loi : ses conditions d’hébergement semblaient des privilèges d’Ancien Régime, et violaient donc la morale publique. C’est ce qui explique que, par exemple, Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy n’aient pas été chahutés par l’opinion publique pendant l’affaire Clearstream : ils avaient l’un et l’autre violé la loi, notamment par rétention d’informations, mais se tirer dans les pattes entre ministres ne choque pas la morale publique.
Il n’est pas particulièrement choquant pour la morale publique de profiter de son poste de maire pour obtenir une ristourne sur des travaux d’appartement, même si c’est illégal. Et il n’est pas particulièrement choquant pour la morale publique de tricher un peu avec le fisc, même si c’est contraire à la loi. En ce sens, les « affaires » récemment publiées par le Canard Enchaîné sur Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal n’auront qu’un impact marginal dans les urnes.
La bulle : « Les affaires sorties par le Canard Enchaîné vont déstabiliser Sarkozy et Royal. »
Crever la bulle : Ces affaires ne choquent pas la morale publique, donc leur impact dans les urnes sera marginal.
Thomas Guénolé
11:00 Publié dans Billets d'humeur | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Commentaires
bonjour à Groz Bulles
je ne suis pas sûr que tout cela soit très exact
1) si les révélations du canard enchaîné sont vraies, Me Royale est coupable d'une fausse déclaration de patrimoine et dans le cas de M. Sarkozy il s'agit d'une affaire de corruption, ce n'est pas tout à fait pareil...
2) je trouve qu'il est hasardeux de comparer ces deux cas aux affaires de financement des partis politiques
3) il est vrai que ce genre de fraude fiscale ou de corruption est assez bien tolérée par l'opinion publique, mais il faut souligner que ce ne serait pas le cas dans certains de nos pays voisins
4) Groz Bulles peut-il nous dire pourquoi les affirmations du canard enchaîné au sujet de M. Sarkozy ne déclencheront-elles pas (selon toute vraisemblance) d'enquête judiciaire ?
Ecrit par : Fabian Guénolé | 13 mars 2007
Salut Fabian !
1) Effectivement, les affaires sorties par le Canard Enchaîné, si elles sont vraies, ne sont pas de même nature. Cela étant, il me semble que le simplet fait qu'elles soient sorties par le même journal, et concernent les deux candidats placés en tête des sondages, amène l'opinion publique à faire une analogie entre ces deux affaires. Au reste, elles ont comme point commun si elles sont exactes d'être toutes deux des délits.
2) Il n'est pas question dans ce billet d'humeur de comparer ces deux cas aux affaires de financement des partis politiques. Ce que j'écris, c'est que parce qu'elle a eu droit au fil des années à des "affaires" sortant dans la presse de façon très régulière, parmi lesquelles les affaires de financement des partis politiques, l'opinion publique a développé un seuil de tolérance vis-à-vis des "affaires" en général. Les 19% de Jacques Chirac au premier tour en 2002, malgré ses diverses casseroles supposées ou avérées, en sont une bonne preuve.
3) Je suis totalement d'accord sur le fait que dans plusieurs pays voisins - je pense en particulier à la Grande Bretagne - ce genre d'affaire passerait beaucoup plus mal, voire ne passerait pas, aux yeux de l'opinion publique. Il faudrait d'ailleurs se demander le pourquoi de cette différence d'un pays à l'autre.
4) Non, GroZ Bulles ne peut pas te dire pourquoi les affirmations du Canard Enchaîné au sujet de M. Sarkozy ne déclencheront pas - selon toute vraisemblance - d'enquête judiciaire. En revanche, nous pouvons émettre des hypothèses. :-) Par exemple, développons l'hypothèse que, le pouvoir judiciaire n'étant pas indépendant du pouvoir politique en France, il serait extrêmement périlleux pour un magistrat, professionnellement parlant, d'ouvrir des poursuites à l'encontre d'un ministre en exercice ayant des chances d'être président de la République dans un mois et demie.
Ecrit par : Thomas Guénolé | 14 mars 2007




