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11 mars 2007
« J’ai une question à vous poser » : le remède critiquable à un mal qu’on ne critique pas.
Crever la bulle : Que les journalistes politiques fassent sérieusement leur travail, et des émissions comme ‘‘J’ai une question à vous poser’’ ne seront plus nécessaires.
« J’ai une question à vous poser », sur TF1, et « Français, votez pour moi », sur France 3, sont les deux émissions emblématiques d’un nouveau type d’émission politique. Ce nouveau type d’émission est caractérisé par un jeu de questions-réponses entre les hommes politiques et des « vrais gens », et surtout, par la transformation du journaliste politique en un Monsieur Loyal réduit à faire passer le micro.
De l’aveu même des chaînes télévisées qui ont adopté ce nouveau format, le but était de mettre fin à la déconnection totale constatée, dès fin 2006 - début 2007, entre les centres d’intérêt des journalistes politiques et ceux des téléspectateurs. Ces chaînes télévisées ont donc supprimé le journaliste politique et ses questions de journaliste politique, pour les remplacer par des « vrais gens » et leurs questions de « vrais gens. »
A présent, des voix commencent à s’élever dans la profession journalistique pour tirer à boulets rouges sur ce nouveau format. Les principales critiques sont :
- que la relation est déséquilibrée et donc malsaine entre d’un côté des téléspectateurs novices de l’exercice, et de l’autre des hommes politiques professionnels de la télévision ;
- que les questions des téléspectateurs, centrées sur leurs propres vies, empêchent toute hauteur de vues dans le débat ;
- que l’absence d’intervenant journaliste permet aux hommes politiques d’asséner des énormités en direct sans être contestés, comme par exemple quand Jean-Marie Le Pen prétend - que les logements sociaux sont attribués en priorité aux immigrés qui viennent d’arriver en France ;
- que la sélection des « vrais gens » par la méthode des quotas socioprofessionnels, comme pour les sondages, installe une dictature de l’échantillon représentatif, critiquable à la fois moralement et du point de vue de l’exactitude scientifique de cette méthode des quotas.
Tous reproches qui, en l’occurrence, sonnent juste. Cependant, si plusieurs chaînes télévisées en sont arrivées à adopter ce nouveau format d’émission, c’est aux journalistes politiques qu’en incombe la responsabilité. Une émission où des hommes politiques sont interviewés est suivie par les téléspectateurs quand ils sont intéressés par les questions posées et par les réponses apportées. Si la pratique de la langue de bois par les hommes politiques a une part de responsabilité pour l’intérêt des réponses apportées, c’est bien des journalistes politiques que dépend l’intérêt des questions posées, et c’est encore des journalistes politiques que dépend de laisser ou pas l’invité politique faire de la langue de bois. Que les Français aient senti les émissions politiques déconnectées de leurs propres problèmes est donc bien, de bout en bout, de la responsabilité des journalistes politiques.
Néanmoins, plutôt que de dresser un diagnostic de l’évolution de leur profession, les journalistes et éditorialistes politiques semblent préférer disserter sur les « dérives de la démocratie d’opinion, » ou encore sur l’illégitimité intrinsèque des interviews d’hommes politiques par des panels de citoyens ordinaires. Cette façon de faire le procès du remède leur permet de ne pas faire le procès du mal, c’est-à-dire de leur propre travail de ces cinq dernières années.
La bulle : « ‘‘J’ai une question à vous poser,’’ c’est le niveau zéro de l’émission politique. »
Crever la bulle : Que les journalistes politiques fassent sérieusement leur travail, et des émissions comme ‘‘J’ai une question à vous poser’’ ne seront plus nécessaires.
Thomas Guénolé
19:00 Publié dans Billets d'humeur | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Commentaires
Mais quelle horreur !
Donnez la parole aux gueux ! quelle idée ! ;-)
entre la Segolaine ^^ qui se jette en pleurant sur un pauvre homme en chaise roulante, et les homos qui se jettent croc en avant sur Sarko, il est vrai que le "débat" ne vole pas haut ! (qd a Bayrou je ne l ai pas regardé...)
Mais en même temps... que de fous rire !
Ecrit par : Nirgal | 14 mars 2007




