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07 mars 2007
Les grands médias ne peuvent pas être impartiaux.
La bulle : "Les médias favorisent certains candidats à la présidentielle, ils ne sont pas neutres !"
Crever la bulle : "Pour des raisons économiques, les grands médias ne peuvent pas être impartiaux."
La liberté d’expression et d’opinion du citoyen confie aux médias une mission d’intérêt général. Cette mission est d’informer le citoyen, avec objectivité et liberté de ton, sur les grands enjeux, les grandes questions et les principaux problèmes de l’actualité.
Cependant, les médias subissent aussi des contraintes strictement économiques. Pour résumer, leur viabilité économique dépend de leur capacité à attirer des annonceurs publicitaires. Plus un média fera d’audience, plus les annonceurs seront prêts à payer un tarif élevé pour qu'il passe leurs publicités : encarts publicitaires d’un journal de presse écrite, les quelques minutes de publicités qui précèdent le journal de vingt heures d’une chaîne télévisuelle, etc.
Lorsque cette réalité économique entre en contradiction avec leur mission d’intérêt général, les médias ne remplissent plus leur mission d’intérêt général.
Prenons un exemple simple. Lorsqu’un journal compte parmi ses clients publicitaires réguliers un grand groupe industriel, et qu’un article du journal va critiquer tel ou tel aspect de la gestion de ce groupe industriel, le journal fait face à un cruel dilemme :
- s'il ne publient pas l’article, il ne remplit plus sa mission d’intérêt général.
- s'il le publie, il s’expose au risque de perdre son client publicitaire, donc une partie des revenus indispensables à sa viabilité économique.
Le journal fait donc un choix, et en règle générale ce choix sera de ne pas publier l'article. Cela porte un nom : autocensure.
Cette situation d’autocensure s’aggrave si de plus en plus de médias sont rachetés par des groupes qui exercent par ailleurs des activités industrielles majeures. En effet, dans ce cas, il est évident que les médias concernés ne pourront pas exercer leur mission d’intérêt général sur les sujets qui concernent leurs propres propriétaires. Si, de surcroît, ces grands groupes industriels dépendent en grande partie des commandes de l’Etat pour leurs activités industrielles la situation devient gravissime. En effet, dans ce cas, ces groupes à la fois dépendants des commandes de l’Etat et propriétaires de médias importants ont objectivement intérêt à favoriser la victoire de tel ou tel camp lors des grandes échéances électorales.
Prenons maintenant trois secteurs d’activité économique où les commandes de l’Etat ont un poids majeur :
- l’aéronautique,
- la défense,
- les BTP.
Les trois grands groupes qui en France sont leaders en ces domaines sont le groupe Dassault, le groupe Bouygues, et le groupe Lagardère :
- Le groupe Dassault, par le biais de la Socpresse qu’il détient à 87%, contrôle le « Figaro, » le « Figaro Magazine » et le « Figaro Madame. »
- Le groupe Bouygues contrôle la chaîne de télévision TF1, dont il détient 42.9% des parts. Par le biais de TF1, il contrôle également, entre autres, la chaîne de télévision LCI, et 34.3% du groupe de presse gratuite « Métro France. »
- Le groupe Lagardère, par le biais de Lagardère Active, contrôle les radios Europe 1, Europe 2 et RFM. Par le biais de Hachette Filipacchi Médias, il contrôle également des titres tels que « La Provence », « Nice Matin », « Le Journal du Dimanche », ou encore « Paris Match. » Par le biais de Hachette Filipacchi Médias, toujours, il détient 15% du groupe de presse La Vie / Le Monde, qui publie notamment « Le Monde, » « Courrier International », « Le Midi Libre, » ainsi que « l’Indépendant de Perpignan. »
Du fait même des liens d’interdépendance entre l’Etat et ces trois grands groupes, et puisqu’ils sont propriétaires d’un tel réseau médiatique, il n’est plus possible de parler de liberté d’expression et d’information en France.
Cette situation n’a pas besoin de se faire sentir de façon brutale, mais il arrive parfois que les choses transparaissent de façon choquante pour l’opinion publique. En août 2005, « Paris Match » présente en couverture Cécilia Sarkozy, épouse de l’actuel Ministre de l’Intérieur, aux côtés de son nouveau compagnon Richard Attias. Alain Genestar, directeur de la rédaction, est limogé par le groupe Lagardère. En février 2006, Jean-Pierre Elkabbach, directeur de la station de radio Europe 1, elle-même contrôlée par le groupe Lagardère, consulte Nicolas Sarkozy par téléphone pour le recrutement du journaliste politique qui sera en charge de l’actualité de l’UMP. En septembre 2006, le quotidien économique « La Tribune » s’apprête à publier en couverture un sondage dont les résultats sont favorables à Ségolène Royal et défavorables à Nicolas Sarkozy. A la dernière minute, François-Xavier Piétri, directeur de la rédaction, modifie cette Une : l’article ne fait plus mention des côtes de confiance de Mme Royal et de M. Sarkozy. Pour mémoire, « La Tribune » est contrôlée par le groupe LVMH, co-dirigé par Nicolas Bazire, ancien directeur de cabinet d’Edouard Balladur et témoin de mariage de Nicolas Sarkozy.
La bulle : "Les médias favorisent certains candidats à la présidentielle, ils ne sont pas neutres !"
Crever la bulle : "Pour des raisons économiques, les grands médias ne peuvent pas être impartiaux."
Thomas Guénolé
10:40 Publié dans Billets d'humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




